Le pays entre dans une nouvelle ère sociale, celle de l’affiliation des premiers ménages à l’Assurance Maladie Généralisée (AMG), qui a débuté ce mercredi 11 juin 2025. Avec plus de 33 000 familles déjà recensées, la réforme ambitionne de couvrir toute la population à long terme.
C’est un jalon historique pour la protection sociale. Le pays vient de franchir une étape décisive avec le lancement de la campagne d’affiliation à l’Assurance Maladie Généralisée (AMG), un système inédit de couverture santé solidaire. Après le recensement de 33 347 ménages, les autorités passent à la phase opérationnelle dans sept districts sanitaires pilotes, répartis entre Ngazidja, Ndzouani et Mwali. Annoncée dès 2016 par le président Azali Assoumani, l’AMG devient aujourd’hui réalité. La réforme, mise en œuvre depuis 2019, bénéficie de l’appui financier et technique de la France, à travers l’Agence Française de Développement (AFD), qui soutient le projet à hauteur de 16 millions d’euros via le Projet d’Appui à l’AMG (PAAMG), dont la fin est prévue en 2028. Selon Thouraya Saïd Abdou, coordinatrice du projet, cette assurance repose sur une logique de solidarité et d’équité. « L’AMG vise à garantir l’accès aux soins pour tous, quel que soit le niveau de revenu. C’est une réforme d’inclusion sociale et de dignité », explique-t-elle. Et d’ajouter : « Les familles ont été catégorisées selon trois critères sociaux déterminants, entre autres leur revenu, la taille du ménage et le type d’habitat. Grâce à un algorithme spécifique, les cotisations ont été ajustées à leur capacité contributive. Elles varient de 1 500 à 15 000 francs comoriens par famille ».
La Commission Centrale d’Affiliation, réunie du 13 au 17 mai, a validé ces montants. Elle a distingué trois profils principaux : une frange de la population, soit 1%, est totalement démunie et prise en charge par le système ; environ 20% des ménages sont jugés solvables et s’acquittent de leur cotisation sans aide ; enfin, 62% sont considérés comme vulnérables et bénéficient d’un soutien partiel. La phase pilote s’étend sur 30 mois et cible les districts de Mitsamihuli-Mbude et Hamahamet-Mbwankuu à Ngazidja, Domoni et Mremani à Ndzouani, ainsi que l’ensemble de l’île de Mwali.
Dans les zones pilotes, plusieurs structures principales sont mobilisées. « À Ngazidja, on retrouve le Centre hospitalier national El-Maarouf, le Service de santé militaire, l’hôpital pôle de Mitsamiouli, le centre médico-chirurgical de Mbeni, ainsi que des centres de santé familiale à Ntsaweni, Hatsindzi et Itsandzeni. Le centre médico-urbain de Moroni complète le dispositif. À cela s’ajoutent les postes de santé de Djomani, Ouzio, Wela, Douniani, Mandzo, Mwemboidjou, Bangwo, Ivembeni, Dimadjou, Moidjo et Chezani », détaille Thouraya. À Ndzouani, le dispositif inclut l’hôpital de Bambao, le centre hospitalier régional de Hombo, l’hôpital pôle de Domoni, le centre médical urbain de Mutsamudu et le centre de santé de district de Mramani. Des postes de santé viennent renforcer le maillage à Adda, Kongani, Chaweni, Mramani, Ouisa, Comoni, Koni, Bambao-Misanga, Mahalé, Ngandzale, Ouzini et Sadapoini, lit-on dans un dossier de presse.
Les familles affiliées auront accès à une prise en charge sans paiement direct. Cela comprend les consultations générales et spécialisées, les hospitalisations, y compris la maternité, la pédiatrie, les urgences et les actes chirurgicaux, ainsi que les examens de laboratoire et l’imagerie médicale. Les médicaments essentiels et les dispositifs médicaux de base sont également couverts. La prévention est aussi intégrée avec la vaccination, le suivi prénatal et postnatal, ainsi que les transferts sanitaires, y compris inter-îles si nécessaire. Le budget prévu s’élève à 375 millions de francs comoriens, avec une montée en charge pouvant atteindre un milliard par an dans les années à venir.
Le 16 juin prochain, les autorités remettront officiellement les premières cartes d’adhésion AMG. Cet acte symbolique marquera le début concret du déploiement du système. La campagne d’affiliation se poursuivra jusqu’au 30 juin à Ngazidja, et à l’échelle nationale jusqu’en septembre. « Nous sommes en train de bâtir les fondations d’un véritable État social », a annoncé le Dr Saindou Ben Ali Mbae, directeur général de la Santé. Pour lui, « cette phase expérimentale doit démontrer que le modèle AMG est soutenable et que les Comoriens, même les plus modestes, peuvent accéder à des soins de qualité sans obstacle financier ».
Avec ce lancement, le pays amorce la construction d’un véritable État social en matière de santé. Le système est encore en phase d’expérimentation, mais l’objectif pour 2025 est clair : affilier au moins 30% des 33 347 ménages déjà pré-enregistrés. Si cette première phase est concluante, elle ouvrira la voie à la création d’une agence nationale de protection sociale et à la généralisation de l’AMG à l’ensemble du territoire. « Si nous réussissons cette étape, nous poserons les fondations d’une couverture santé durable et juste pour tous les Comoriens », a-t-il conclu.
Mohamed Ali Nasra
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