Lancée en décembre 2025, l'Assurance Maladie Généralisée (AMG) est une grande réforme de santé sociale aux Comores. Portée par le ministère de la santé avec l'appui de la France et de l'AFD, elle finance la cotisation des ménages vulnérables et allège leurs frais à l'hôpital public.
Huit mois après son déploiement à Mohéli, les effets sont visibles. À Wanani, Anfane Abdou a soigné son fils atteint de paludisme sans débourser un franc. À M'beni, en Grande Comore, Mariama Abdermane a connu le même soulagement. Deux îles, deux parcours, une carte qui protège de la dette. Ils ne se connaissent pas. L'un cultive la terre à Mwali, l'autre tient un commerce à M'beni. Leur point commun est la carte AMG et la certitude de se soigner sans s'endetter. À Wanani, Anfane Abdou, 42 ans, cultivateur et père de quatre enfants, vit au rythme des saisons. « Avant, quand quelqu'un tombait malade, on calculait. On avait peur de l'hôpital à cause de l'argent », raconte-t-il.
Le déclic est survenu pendant la saison des pluies. Son fils de sept ans a eu une forte fièvre. Admis au centre de santé, puis transféré à Fomboni, il a été pris en charge intégralement. « Je vous le dis franchement, je n'ai sorti aucun franc. Ni pour la consultation, ni pour les piqûres, ni pour le lit. L'agent m'a dit : 'Monsieur, vous êtes inscrit à l'AMG, tout est pris en charge'. Ce jour-là, j'ai compris la solidarité », confia-t-il. Avant, il aurait fallu vendre une chèvre ou emprunter. « Cette fois, je me suis seulement occupé de guérir mon enfant. Pas de dette après. »
À M'beni, Mariama Abdermane, mère de famille, a utilisé sa carte deux fois. Pendant le dernier Ramadan, son fils de sept ans est tombé malade. « À l'hôpital de M'beni, j'ai payé 4.500 KMF. J'ai pu faire les courses pour la rupture du jeûne et soigner mon enfant », explique-t-elle. Quelques semaines plus tard, son second enfant s'est gravement blessé. Urgence, hospitalisation, pansements, antibiotiques. Elle présente sa carte. Le reste à charge est de 4.250 KMF. « 4.250 KMF. J'ai payé et on m'a donné tous les médicaments. L'AMG a fait le reste. Sans cette carte, j'étais finie », témoigne-t-elle, émue.
Deux histoires, un même message : l'AMG lève le frein financier qui retardait les soins. « Maintenant, on y va directement. Si l'enfant a de la fièvre, on part. On n'attend plus que ça devienne grave », explique Anfane. « Je dis à mes voisines : faites votre carte. C'est un droit. Le jour où tu en as besoin, tu comprends sa valeur », a ajouté Mariama. À Wanani, Anfane reprend sa houe. « Je suis cultivateur. Je n'ai pas un grand salaire. Mais aujourd'hui, si la maladie frappe, ma famille est protégée. Pour un père, c'est le plus important. » À M'beni, Mariama regarde ses enfants jouer. Son garçon a repris l'école, sa fille va mieux. « Grâce à l'AMG, une mère peut dire : mon enfant est malade, mais je peux le soigner », conclut-elle. De Wanani à M'beni, de zéro franc à 8.750 KMF, l'AMG poursuit son objectif pour une santé accessible, sans dette.
El-Aniou Fatima
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