La Gazette

des Comores

Bacar Nawiya, slameuse : « La honte doit changer de camp »

Bacar Nawiya, slameuse : « La honte doit changer de camp » © : HZK-LGDC

Slameuses engagées, Bacar Nawiya et Zamzam Elhad ont lancé depuis quelques temps, sur la toile, une campagne de sensibilisation pour dénoncer les actes de violences faits aux femmes et aux enfants. Plusieurs personnes y ont apporté leur contribution en tournant une petite séquence vidéo pour dénoncer ce mal qui ronge les quatre coins de l'archipel des Comores. Depuis Dakar où elles font leurs études, les deux jeunes femmes estiment que le temps est venu pour que la honte change de camp et appellent tout un chacun à apporter sa contribution afin d’éradiquer ce fléau. Interview.


Question: Qu’est ce qui vous a motivé à lancer cette campagne ?

Bacar Nawiya: L’idée nous est venue de la recrudescence des actes de viols de ces derniers mois. ZamZam Elhad et moi, sommes très engagées dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Nous avons décidé de redynamiser la campagne lancée sur les réseaux contre ce fléau qui ne cesse de faire des ravages aux quatre coins de l’archipel.

Question: Plusieurs femmes y ont participé, comment avez-vous fait ?

B.N: Après avoir mûri l’idée, nous avons partagé le projet chacune avec son réseau d’amies. Plusieurs amies et amis s’en sont appropriés et ont accepté d’y contribuer. Nous leur avons expliqué le concept qui consistait en la réalisation d’une courte vidéo sur le thème des violences faites aux femmes et aux enfants. La liberté du scénario de chacune et chacun a facilité une forte participation. Nous profitons ici pour les remercier toutes et tous.

Question: La lutte contre les violences et les agressions faites aux femmes et aux enfants est universelle, qu'est ce que vous pensez y apporter de plus ?

B.N: On n’aime pas cette formulation d’une « violence universelle ». On aime réserver à l’universalité quelque chose de positif. Car derrière cette expression « les violences faites aux femmes et aux enfants sont universelles » on peut vite glisser à d’autres expressions comme « il n’y a pas qu’aux Comores », « on n’y peut rien », « elles ont toujours existées et existeront.. ». Mais pour répondre à votre question, ce que nous pouvons apporter c’est d’abord notre opposition à ce fléau, notre condamnation. C’est contribuer au combat avec les moyens à notre portée contre ce fléau. C’est porter la voix de celles que les actes ont étreint la voix.

Question: En tant que femmes et artistes, pensez-vous être en mesure de changer les choses ?

B.N: La lutte contre ce fléau nécessite la mobilisation de toutes et tous. Zam Zam et moi pensons apporter notre contribution dans notre domaine d'expression qui est le Slam. Certes, la justice, les gouvernants et les institutions de notre pays sont les principaux acteurs qui devraient agir pour éradiquer cette barbarie, mais en tant que parolières, dans une société de culture orale, nos paroles peuvent y contribuer, ne serait-ce qu'en donnant des mots et de la voix aux maux des femmes et des enfants victimes.

Question: Selon vous, qu'est ce qui fera gagner cette lutte ?

B.N: Il faudrait que la société, les parents, les familles, les instances juridiques se réveillent, pour qu’ensemble l’on puisse mettre un terme à toutes ces barbaries. La justice est un maillon essentiel dans cette chaîne contre ces violences. Aujourd’hui, on constate que c’est la faiblesse pour ne pas dire l’absence de cette justice qui semble autoriser la recrudescence que nous connaissons aujourd’hui.

Question: Comment définissez vous les violences et agressions ?

B.N: Nous n'allons pas nous embarquer dans des définitions juridiques, mais juste dire que l’agression faite aux femmes ou aux enfants renvoie à tout acte violent envers un individu qui aboutit à un dommage qui peut être physique ou psychologique, à caractère sexuel ou pas. Ces agressions ont généralement des conséquences psychologiques qui durent dans le temps car elles touchent les victimes dans leur dignité.

Question: Pourquoi cet engagement ? Avez-vous été déjà victimes ou témoins de ces choses ?

B.N: Il n’est pas nécessaire d’avoir mis le doigt dans la braise pour savoir que le feu brûle. En tant que femme, on a soit subi directement ou connu une amie qui l’a vécu. Les chances pour qu’une femme ait été victime d’un acte de violence sexuelle ou non dans sa vie sont considérables. Nous nous pressons de préciser que cela n’exclut pas la capacité pour les hommes d’en ressentir autant. Et il faut ici saluer ces hommes qui se mobilisent et participent ainsi à la désexualisation du combat contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Car si les agressions sont essentielles sexuées en ceci que ce sont les femmes qui en sont le plus victimes, le combat lui, n’a pas de sexe. C’est toute la société qui doit se mobiliser.

Question: Cette campagne à qui vous l'adressez ?

B.N: Cette campagne s'adresse à tout le monde, tout genre et tout âge confondu. Nous utilisons les réseaux sociaux car ils se prêtent mieux à nos messages et aux supports utilisés.

Question: Avez-vous un mot pour sensibiliser les femmes ?

B.N: Un mot serait trop court, une expression peut être. Révoltons nous ! La honte doit changer de camp.

Propos recueillis par A.O Yazid

 


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