La Gazette

des Comores

Bannie par son village pour s’être déclarée positive au Coronavirus

Bannie par son village pour s’être déclarée positive au Coronavirus © : HZK-LGDC

Nioumadzaha Bambao, un village à une dizaine de kilomètres au Sud de Moroni, a banni Amina Mmadi pour s’être déclarée positive au coronavirus et surtout pour avoir « osé » cité son village dans sa vidéo devenue virale. Une décision qualifiée de « scandaleuse » par Nadia Tourqui au JT de l’ORTC du 25 janvier.


« C’est scandaleux », s’est désolée Nadia Tourqui, militante connue et reconnue de la société civile. Amina Mmadi, habitante de Nioumadzaha, village situé dans la région de Bambao à une dizaine de kilomètres au Sud de la capitale fédérale Moroni, est bannie par ses paires pour une période de cinq ans. Son tort : s’être publiquement déclarée positive au coronavirus. Mais ce qui a le plus blessé l’égo de ces femmes qui l’ont excommuniée, c’est d’avoir « osé » citer le nom de son village, Nioumadzaha, dans sa vidéo de sensibilisation devenue virale. Il faut dire que c’est la goutte d’eau qui a fait déborder la vase. En effet ce détail est perçu comme un acte de « déshonneur » et toutes les sornettes les plus sordides qui vont avec car, dit une de ces dames, « les gens vont dire que le coronavirus circule dans notre village, ce qui va nous couter cher aux yeux des autres, alors qu’il n’y a qu’elle qui est contaminée ».

 

C’est peu dire qu’aux Comores si une frange de la population est encore sceptique, nombreux sont ceux qui considèrent l’épidémie comme une « honte ». Sur internet, la décision de bannir Amina Mmadi est fustigée aussi bien sur le plan du fond que sur celui de la forme car si elle relève d’une culture rétrograde et dangereuse, elle n’est pas exempte d’antipathie. Au moment où la décision était prise, le week-end dernier, la mise en cause était encore sous respirateur dans son lit d’hôpital à Samba, réservé aux malades de coronavirus. Pour Nadia Tourqui, militante de la société civile, cet oukase est « scandaleux ». « D’abord les femmes de Nioumadzaha n’ont pas fait preuve d’indulgence du fait de la bannir, ce qui est vraiment scandaleux. On nous apprend que des jeunes du village se sont battus bec et ongles pour les faire revenir sur cette décision, en vain », regrette la militante au JT de l’ORTC du lundi soir. Pour elle, « Amina mérite un accueil en fanfare et non un bannissement » pour avoir sensibilisé la population sur l’épidémie.

 

Âgée de 45 ans, Amina Mmadi est toujours au service des autres à travers le Croissant rouge au sein duquel elle s’investit corps et âme. Elle a conduit diverses équipes qui sillonnaient le village de Nioumadzaha pour sensibiliser la population contre le coronavirus qui ne l’aura d’ailleurs pas épargnée. Hier mardi dans l’après-midi, elle allait mieux et n’attendait que les résultats de son test Covid-19 pour pouvoir enfin rentrer à la maison. « Je te sais battante. Je te sais victorieuse. Je te sais vaillante…Tu vaincras le Coronavirus, retrouveras les tiens et à travers le Croissant rouge au sein duquel tu t’investis corps et âme, continueras à être au service des autres y compris celles et ceux qui aujourd’hui te jettent la pierre », devait lui rendre hommage lundi soir, son covillageois le journaliste Toufé Maecha.

 

Andjouza Abouheir

 


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