La Gazette

des Comores

Billet/Mémoire : Soufou Hamba, symbole de l’unité comorienne, oublié

Billet/Mémoire : Soufou Hamba, symbole de l’unité comorienne, oublié © : HZK-LGDC

Je ferai mien le fameux dicton d’Alain Foka : « Nul n’a le droit d’effacer l’histoire d’un peuple, car un peuple sans histoire, c’est un monde sans âme ». Dans notre archipel, l’amnésie collective semble l’avoir emporté, même sur ce qui devrait nous rassembler au-delà de nos positionnement politique, à savoir l’unité nationale. Outre l’équipe nationale de football, peu de chose semble faire l’unanimité au sein de la population comorienne, car le fonds de commerce des régimes successifs était toujours d’utiliser les symboles pour asseoir une certaine légitimité au lieu d’appeler à la mémoire collective. La date du 17 février est, hélas, là pour illustrer les divisions profondes de la classe politique sur presque tout.


Malheureusement, cette posture on la retrouve partout dans l’histoire politique, et même au-delà. L’autre jour je suis tombé sur une tribune de l’historien comorien, Soilihi Keys, parlant du 53e anniversaire du Martyr, Daoud Soufou Hamba, un jeune maorais tué le 13 février 1973 par la milice Soroda : « Il a été tué par balle le 13 février 1973 à Acoua lors d'une tentative d'expédition punitive des soroda contre ce village du nord-ouest de Mayotte », comme ça a été bien expliqué dans cette tribune très intéressante du point de vue historique, et sur cette incapacité des deux côtés de l’archipel de se souvenir d’un évènement et d’un personnage aussi central dans l’évolution institutionnelle des Comores.

 

Soutenu par le Mouvement Populaire Mahorais (MPM), Soroda était en quelque sorte des groupes de partisans à majorité composés de femmes, engagées dans les actions politiques, souvent très violents, et qui avait comme but ultime, mater les velléités indépendantistes. Zena M’dere, étant la figure de proue, et la plus radicale des Soroda, avec ses fameuses chatouilleuses. C’est donc au cours de l’une de leur expédition dans le village d’Acoua pro-indépendance que le jeune Soufou Hamba fut abattu : « Ils étaient majoritairement indépendantistes et contre la séparation de Mayotte des autres îles des Comores ». Relatant les faits, l’historien va un peu plus loin, en pointant la responsabilité des forces françaises : « La gendarmerie française alertée pour venir au secours du village sous la menace de la barbarie soroda a préféré jouer l’indifférence, obligeant par cette attitude non républicaine et lâche, les villageois de se défendre eux-mêmes ».

 

Et depuis, la mémoire de ce jeune est passé sous silence à Mayotte : « Parce qu'à Mayotte c'est une honte de dire à la jeune génération que pendant la crise de la séparation, des Mahorais se sont battus courageusement pour l'unité des Comores et son indépendance », poursuit Soilihi Keys. Si c’est inadmissible, on peut par contre comprendre l’attitude des leaders mahorais d’aujourd’hui d’effacer de la mémoire collective toute trace d’une quelconque comoriennité dans la lutte pour Mayotte française. Comme l’historien, on se pose la question : pourquoi aux Comores on passe sous silence le nom d’un tel martyr, qui a perdu la vie pour l’unité de ce pays ? On ne va pas spéculer sur les raisons, mais tout comme l’historien, nous pensons qu’il est temps, que les Serrer-la-main, soient considérer comme des héros de l’unité comorienne.

 

A l’heure, où le nationalisme est porté comme bandoulière, il serait grand temps de se souvenir de ceux qui ont tout perdu pour des Comores de quatre îles. Par exemple, prendre la date du 13 février, jour de la mort de Soufou Hamba, pour célébrer ceux qui ont combattu et continuent à le faire pour le retour de Mayotte dans le giron national, à l’image du soulèvement du 29 mars 1947, célébrée aujourd’hui par les Malagasys pour se souvenir de ceux qui sont tombé pour l’indépendance du pays. Avant le 06 juillet, le 12 novembre et le 17 février, il y’eut le 13 février 1973.

 

Imtiyaz

 


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