Les négociations sur la biodiversité menées à Erevan franchissent une étape décisive alors que les délégués s'efforcent d'opérationnaliser le Cadre mondial de Kunming-Montréal pour la biodiversité (CMB) ainsi que les Protocoles de Carthagène et de Nagoya. Marqué par la tenue simultanée de multiples groupes de contact et d'initiatives politiques de haut niveau, le sommet oscille entre avancées techniques ciblées et vives tensions sur le financement.
En marge des négociations formelles, la séquence politique a été rythmée par le lancement de l'Appel d'Erevan sur les incitations positives, l'inauguration de la coalition des « Amis de l'objectif 18 » visant la réduction d'au moins 500 milliards de dollars US par an d'incitations néfastes et le Défi financier d'Erevan. Toutefois, ces annonces contrastent fortement avec les blocages persistants relatifs à la mobilisation des ressources, dans un contexte où le déficit annuel de financement de la biodiversité atteint 700 milliards de dollars. La question des informations de séquençage numérique (DSI) concentre l'essentiel des frictions. Le Fonds de Cali, mécanisme multilatéral dédié au partage des avantages, n'a réuni à ce jour que 8 990 dollars US de dépôts. Alors que les pays en développement exigent des contributions financières effectives pour délivrer des certificats de conformité, les pays développés soulignent les incertitudes juridiques et la nécessité d'inciter le secteur privé.
Pour information, les données présentées par Zero Carbon Analytics rappellent l'enjeu : les 15 plus grandes entreprises pharmaceutiques mondiales auraient dû verser 756 millions de dollars en 2025 selon les taux indicatifs, soit une somme marginale au regard de leurs bénéfices. Au sein des groupes de contact, les travaux ont produit des résultats contrastés. Concernant la pollution et la biosécurité, un consensus a été obtenu pour élargir le mandat d'action à « tous les types de pollution » au titre de l'objectif 7 du CMB. Sur le Protocole de Carthagène, après un hommage rendu à la coprésidente disparue Martha Kandawa-Schulz, les Parties se sont accordées sur l'élaboration de directives volontaires pour les poissons vivants modifiés (VM).
Sur les aires protégées et la faune sauvage, un accord est intervenu sur les directives qualitatives relatives aux zones protégées pour atteindre l'objectif 3 (30 % de terres et mers conservées). En revanche, de vifs désaccords subsistent quant aux références explicites à l'approche fondée sur les droits humains, à l'égalité des genres et au rôle des peuples autochtones et communautés locales (PACL). Concernant l’intégration sectorielle et le partage des avantages, la définition des plans nationaux de transition sectoriels, la réforme des subventions néfastes et les modalités du mécanisme multilatéral sous le Protocole de Nagoya restent largement en discussion.
S'agissant de l'évaluation des progrès collectifs, les délégués se sont accordés sur une formule de compromis actant avec inquiétude le risque de ne pas atteindre les objectifs du CMB à l'horizon 2050 sans une accélération rapide des moyens de mise en œuvre. Alors que de nombreux textes fondamentaux demeurent indécis, les observateurs soulignent qu'une impulsion ministérielle sera indispensable pour débloquer les négociations et transformer les intentions en engagements contraignants.
Mmagaza
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