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des Comores

Caisse de retraite : 80 millions KMF envolés, un ancien comptable au cœur du scandale

Caisse de retraite :  80 millions KMF envolés, un ancien comptable au cœur du scandale © : HZK-LGDC

Pendant trois ans, entre 2023 et 2025, une fraude sociale estimée à près de 80 millions de francs comoriens a été opérée au sein de la Caisse de retraite. En cause : des manipulations de dossiers de pensions, des versements indus vers une vingtaine de comptes bancaires et un ancien chef du service comptabilité, aujourd’hui suspecté. L’affaire, révélée à la suite d’un contrôle interne, est désormais entre les mains de la justice.


Près de 80 millions de francs comoriens. C’est le montant du préjudice estimé dans une affaire de fraude sociale qui secoue la Caisse de retraite et fragilise la confiance des retraités. Au centre du dossier : SH, ancien chef du service comptabilité, soupçonné d’avoir profité de sa position stratégique pour manipuler les montants de pensions versés. Selon les premiers éléments de l’enquête interne, des fonds auraient été envoyés de manière répétée vers environ 19 comptes bancaires, sans justification claire ni correspondance avec les dossiers d’archives.

 

Les anomalies ont été détectées lors d’un contrôle de routine, en décembre dernier. Des écarts flagrants apparaissent alors entre les montants théoriquement dus et les sommes réellement versées. « Une personne qui devait percevoir 25 000 francs recevait parfois jusqu’à 150 000 francs », révèle Athoumani Abdou, agent comptable de la Caisse de retraite. D’autres cas concernent des pensions maintenues après le décès du bénéficiaire, la fraude n’étant découverte qu’au moment de l’ouverture d’un dossier de pension de veuve. « Tant que nous n’avons pas l’acte de décès, le paiement continue. C’est à ce moment-là que nous réalisons qu’il y a eu fraude », explique notre source.

 

Contrairement à une augmentation brutale, les montants auraient été modifiés de façon progressive, presque imperceptible. Le système de paiement des pensions repose sur une mécanique complexe : prise en compte des paiements du mois précédent, nouveaux bénéficiaires, décès, changements de banques, situations de cumul ou ayants droit devenus majeurs. « Une fois tous ces éléments assemblés, l’agent responsable devait porter les corrections dans le système. C’est là que les artifices ont été introduits », précise l’agent comptable.

 

Lorsque les soupçons commencent à se préciser, le principal agent mis en cause cesse soudainement de se présenter à son poste. Originaire de Mwembwadjou ya Mitsamiouli, il disparaît avant la finalisation des vérifications internes. Pour la Caisse, la responsabilité est partagée. « Les personnes qui ont vu leur pension augmenter sans raison et qui ne sont jamais venues poser de questions ne peuvent pas ignorer ce qui se passait », estime Athoumani Abdou.

Désireuse de recouvrer les sommes détournées, la Caisse saisit les banques concernées. Mais celles-ci opposent le secret professionnel, exigeant une réquisition judiciaire. Une plainte est alors déposée afin d’identifier les bénéficiaires et établir les responsabilités pénales. Si certains dossiers sont clairement documentés, d’autres restent introuvables, compliquant le travail des enquêteurs.

 

Au-delà du préjudice financier, l’affaire porte un coup sévère à l’image de la Caisse. « Nous nous battons pour payer régulièrement les retraités et garantir l’accès à leurs droits. Cette fraude a sapé la confiance, alors que la sécurité sociale repose sur la crédibilité de l’institution », regrette l’agent comptable. L’enquête judiciaire est en cours. Les autorités cherchent désormais à localiser l’ensemble des bénéficiaires indus, certains ayant quitté le territoire, notamment vers Mayotte, afin que toute la lumière soit faite sur cette affaire qui mêle chiffres, silences et responsabilités.

 

Mohamed Ali Nasra

 

 


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