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des Comores

Caisse de retraites : Un déficit structurel de 500 millions de franc ?

Caisse de retraites : Un déficit structurel de 500 millions de franc ? © : HZK-LGDC

Accusée sur les réseaux sociaux d’un détournement présumé de 500 millions de francs comoriens, la Caisse de retraites des Comores se retrouve sous le feu des critiques. Certains évoquent une volonté de la direction d’étouffer l’affaire, tandis que d’autres parlent d’un système de détournement organisé. Face à ces accusations, La Gazette des Comores s’est rendu sur le terrain et a consulté des documents officiels afin de confronter les soupçons à la réalité comptable de l’institution.


Selon la directrice générale de la Caisse de retraites, Fatoumia Mouigni, une grande partie de la polémique repose sur une confusion persistante. L’institution gère en effet trois régimes de pension distincts et juridiquement autonomes : celui des fonctionnaires, celui du secteur privé et celui des députés. Chacun dispose de ses propres règles de cotisation et de liquidation. Dans un pays de petite taille comme les Comores, ces régimes sont regroupés au sein d’une seule caisse, contrairement aux pays plus peuplés où ils sont séparés, une particularité qui alimente souvent les malentendus dans l’opinion publique.

 

Pour revenir à notre sujet, les données officielles montrent que le régime des fonctionnaires concentre l’essentiel de l’activité de la Caisse. En 2025, le nombre d’assurés actifs s’établit en moyenne autour de 13 400 cotisants, tandis que le nombre de retraités bénéficiaires atteint 4 775 personnes à la fin de l’année. Cette configuration signifie que près de quatre retraités sur cinq pris en charge par la Caisse relèvent de la fonction publique, faisant de ce régime le pilier, mais aussi le point de fragilité du système.

 

L’état récapitulatif des paiements de pensions pour l’année 2025 révèle un déséquilibre financier constant. Sur l’ensemble de l’exercice, les cotisations destinées au régime des agents publics se sont élevées à 3,66 milliards de francs comoriens, un montant qui comprend à la fois les virements de cotisations et les apurements mensuels de 60 millions de francs versés par l’État. Dans le même temps, les pensions effectivement versées aux retraités de la fonction publique ont atteint 3,88 milliards de francs comoriens.

 

Ce différentiel se traduit par un déficit annuel cumulé de 222,7 millions de francs, clairement identifié dans les comptes officiels. Chaque mois de l’année 2025 se solde ainsi par un écart négatif, oscillant entre 13 et près de 29 millions de francs, sans qu’aucun mois n’enregistre un excédent. Pour la directrice générale, cette situation s’explique avant tout par un déséquilibre démographique structurel. Le ratio entre cotisants et retraités est aujourd’hui inférieur à trois, alors qu’un système de retraite viable nécessite un nombre bien plus élevé de cotisants pour financer une pension. La situation s’est aggravée ces dernières années avec le départ massif à la retraite de fonctionnaires non remplacés, tandis que de nouveaux bénéficiaires continuent d’entrer chaque mois dans le système.

 

Face aux accusations de détournement de 500 millions de francs comoriens, la direction de la Caisse réfute toute malversation. Selon Fatoumia Mouigni, les chiffres eux-mêmes rendent cette hypothèse peu crédible. Les comptes de la Caisse sont logés à la Banque centrale des Comores et les flux financiers sont traçables. Dans un régime déficitaire de manière chronique, soutient-elle, il est matériellement impossible de soustraire de telles sommes sans que cela n’apparaisse immédiatement dans les états financiers.

 

Au-delà de la polémique, les documents que nous avons consultés mettent surtout en lumière un système de retraite fragilisé, pris entre des obligations sociales croissantes et des ressources insuffisantes. Si les accusations ont profondément ébranlé la confiance du public, elles soulèvent surtout une question de fond : celle du financement durable des retraites publiques. Sans réforme structurelle et sans un engagement financier renforcé de l’État-employeur, le déficit risque de se creuser davantage, au détriment des retraités comme de la crédibilité de l’institution.

 

Mohamed Ali Nasra

 


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