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Cour d’assises : Il veut être « fusillé » après avoir abusé de sa fille

Cour d’assises : Il veut être « fusillé » après avoir abusé de sa fille © : HZK-LGDC

Le père qui a abusé de sa fille a demandé à la Cour d’assises qu’on le fusille. Une requête étrange formulée après qu’il a été reconnu coupable. Conformément au réquisitoire du parquet général, la Cour l’a condamné à 20 ans de réclusion criminelle et sommé de payer 1 franc symbolique à la victime.


L’exposé des faits indique que Kamal Ousseine a abusé de sa fille, mineure. Mlle R. a 7 ans quand elle est ramenée d’Anjouan pour venir s’installer à Ngazidja avec ses parents. Ils ont, dans un premier temps, élu domicile à Ouropveni, au sud de l’île. La mère est repartie à Anjouan tandis que le père passe la majeure partie de son temps à Hamahamet, au nord-est. R n’a que 14 ans en 2021 quand son père a décidé d’abuser d’elle. Il l’a ramenée alors à Ungoni, une autre localité de Mbadjini, dans une nouvelle famille d’accueil. « Au début, personne ne se doutait de rien et son père n’a jamais cherché à dissimuler » ce qu’il faisait à sa fille, relate le procureur général près de la Cour d’appel lors du procès qui s’est tenu à Moroni hier mercredi dans la journée.

 

Selon le magistrat, Kamal Ousseine couchait avec sa fille même pendant le ramadan, le jour comme la nuit. Les précisions ne sont guère fortuites. C’est en effet pendant ce mois que la communauté musulmane se rapproche davantage de Dieu, et s’éloigne de facto des mauvaises œuvres telles que la fornication. Avec l’acquis du temps qui passe, l’affaire est devenue un secret de Polichinelle. La fille tombe enceinte et son bourreau, désemparé, a recours à un avortement clandestin. Le moyen auquel il a eu recours est pour le moins dangereux car il a utilisé du piment pour essayer d’interrompre la grossesse. Raté. Les médecins vers qui il s’est tourné ont pris la décision sage et courageuse de sonner le glas de l’omerta en signalant l’affaire au parquet.

 

Pendant les premières audiences après son interpellation, le père avait avoué les faits, rapporte le procureur général. « Mais au fur et à mesure que l’enquête évolue, il a essayé de faire croire que la victime n’était plus sa fille mais plutôt une nièce. Je ne sais plus qui lui a prodigué ces précieux conseils », poursuit non sans ironie le procureur qui, sans broncher, demandera à l’issue de son réquisitoire « l’application de la peine maximale ». L’avocat de Kamal Ousseine aura beau essayer de le défendre, sans succès. Il a mis en avant le fait que son client a « coopéré » et que de par son passé « sans histoire », il devait bénéficier d’une « clémence » de la part des juges.

 

Mais la Cour d’assises s’est montrée intraitable et a prononcé une peine de 20 ans de réclusion criminelle. Comme demandé par l’avocat de la partie civile, le mis en cause est sommé de payer 1 franc « symbolique » à sa victime qui a assisté au procès avec sa mère. « Nous sommes satisfaits du verdict. 20 ans de prison ferme c’est la peine maximale en vertu de l’article 302 du Code pénal. Nous sommes satisfaits que la Cour ait suivi le réquisitoire du parquet général », concède Me Idrisse Mze Mogni, avocat de la partie civile peu après le délibéré. Lorsqu’il lui a été demandé de prononcer son dernier mot avant la fixation de son sort par la Cour, le bourreau a provoqué la stupéfaction quand il a dit vouloir être exécuté en guise de punition pour ce qu’il a fait. « Je demande pardon et je veux qu’on me fusille ». Même la présidente de la Cour n’en croyait pas ses oreilles.

 

Cette affaire d’agression sexuelle est la toute première à être jugée par la Cour d’assises sur la base du nouveau code pénal criminalisant les agressions sexuelles. Le texte est promulgué en février 2021.

 

Andjouza Abouheir

 


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