La Gazette

des Comores

Cour d’assises : Le récit glaçant du meurtre de Naicha

Cour d’assises :  Le récit glaçant du meurtre de Naicha © : hayba

Condamné à mort pour l’assassinat de Naicha Mmadi Abdou, Fahami Moustoifa a reconnu les faits devant la cour d’assises. Son complice, Athoumane Abdouroihamane, a écopé de 25 ans de réclusion criminelle, tandis qu’Elamine Moumine, oncle du principal accusé, a été acquitté. À l’audience, le récit du meurtre, de la dissimulation du corps et de sa crémation a plongé la salle dans une vive émotion.


Il est 9 h 52 lorsque l’affaire est appelée. Au palais de justice, la salle d’audience est comble. Dans la cour, des tentes ont été dressées et des chaises installées sous la véranda pour permettre au public de suivre les débats. L’atmosphère est lourde. Trois détenus font leur entrée, le regard baissé. Au premier rang, une femme pleure. La mère de Naicha, elle, assiste silencieusement au récit des derniers instants de sa fille. Les faits remontent au 19 mai dernier, à Dzahadjou, dans la région de Mbadjini. Naicha s’était rendue dans cette localité pour récupérer un ordinateur. Trois jours plus tard, son corps calciné était retrouvé dans un champ. Appelé à la barre, Fahami provoque la stupeur en reconnaissant les faits qui lui sont reprochés. Il affirme avoir nourri son projet criminel dès la veille, le 18 mai, en confiant à son ami Athoumane : « Je veux tuer cette fille ». Le mobile évoqué est une somme de 95 000 francs comoriens.

Le lendemain, Fahami accueille Naicha dans une cabane à Dzahadjou dans le Mbadjini. Il explique l’avoir laissée sous la surveillance d’Athoumane, son complice avant de partir aider sa mère à transporter un sac de bananes vertes au marché de Dzahadjou-Mbajini. À son retour, il retrouve la jeune fille seule, assise sur les escaliers. Il raconte être passé à l’acte à l’intérieur, en la poignardant avec un couteau de cuisine au niveau des côtes, du côté droit. Alors qu’elle agonise, Naicha lui mord un doigt de la main droite et un autre de la main gauche. Fahami affirme avoir ensuite utilisé le châle de la victime pour lui couvrir la bouche et le nez afin d’étouffer ses cris. « En voulant crier, je lui ai fermé sa bouche et le nez avec son châle pour que les voisins ne l’entendent pas », déclare-t-il devant la cour. Après le meurtre, il prévient Athoumane par téléphone. Ce dernier découvre le corps, étendu sur un lit et baignant dans le sang. Ensemble, ils le déplacent dans une autre chambre.

La suite du récit glace l’assistance. Alors que le corps se trouve toujours dans la cabane, Himda, la petite amie de Fahami, arrive sur place. Le couple discute et regarde une série sur un ordinateur portable. Plus tard, un ami surnommé Scade se présente pour se baigner. Fahami, posté dans les escaliers, et Athoumane, devant la porte, lui interdisent d’entrer. Himda repart sans connaître le drame qui vient de se produire. Vers 23 heures, les deux hommes enveloppent le corps dans un drap blanc et un sac, puis le transportent à Malazeni. Leur objectif, selon Fahami, est de faire disparaître toute trace du crime. « Nous avions prévu de la mettre dans une grotte et la brûler pour que personne ne retrouve le corps, pour que nul ne sache ce qui s’est passé », rapporte-t-il. Il affirme qu’Athoumane a apporté du vin et un briquet. Les deux hommes aspergent le corps d’alcool, ajoutent des feuilles mortes de cocotier et y mettent le feu. Le lendemain matin, ils retournent sur les lieux pour vérifier si le corps a suffisamment brûlé.

Lors de la confrontation, Fahami accuse Athoumane d’avoir porté le coup de couteau, contrairement à ses premières déclarations. Ce dernier nie être l’auteur du meurtre, mais reconnaît avoir participé au transport et à la crémation du corps. Il affirme avoir pris les menaces de Fahami pour une plaisanterie et exprime ses regrets : « J’ai du regret, j’étais complètement hagard. » Elamine Moumine, oncle de Fahami, nie toute implication et affirme avoir découvert l’affaire au parquet. Il explique avoir appris d’Athoumane la mort de Naicha, puis la crémation de son corps. Le 22 mai, il finit par le désigner aux gendarmes après avoir refusé de le laisser fuir. Mais c’est la mère de Naicha qui fait basculer l’audience dans une émotion insoutenable. En robe noire, elle laisse éclater sa douleur : « Rentrer chez moi les mains bredouilles, sachant que ma fille est au cimetière et Fahami, lui, rentrera en vie, qu’ai-je gagné ? » Dans la cour comme dans la salle, les sanglots et les cris de chagrin couvrent un instant les débats.

Au terme du procès, la cour d’assises condamne Fahami Moustoifa à la peine de mort pour l’assassinat de Naicha. Athoumane Abdourahmane est condamné à 25 ans de réclusion criminelle, après avoir bénéficié de circonstances atténuantes. Elamine Moumine, poursuivi pour complicité passive, est acquitté. À la sortie de l’audience, l’avocat de la partie civile qualifie le verdict de « négatif ». Il précise toutefois qu’aucune décision n’est encore prise concernant un éventuel recours. « Nous ne pouvons pas faire de commentaire sans avoir lu la motivation de la Cour et comprendre les raisons de ce verdict. La loi nous donne droit de saisir la Cour suprême, toutefois rien n’est décidé », explique-t-il.

El-Aniou Fatima

 

 

 

 


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