Ce mercredi 2 décembre 2020 a été annoncé le décès de Valéry Giscard d’Estaing à 94 ans des suites du Covid-19. L’ancien président français a été au centre de l’imbroglio dans lequel la France s’est mis au moment où l’archipel s’apprêtait à accéder à l’indépendance. Fraichement élu président de la République française, Giscard avait trouvé tout à fait normal et légitime que l’archipel puisse accéder à l’indépendance dans son ensemble hérité de la colonisation.
Il s’était même interrogé en ces termes « est-il raisonnable d’imaginer qu’une partie de l’archipel devienne indépendante et qu’une île, quelque soit la sympathie qu’on puisse éprouver pour ses habitants ait un statut différent ? ». Le président Giscard a eu à affirmer lors de sa deuxième réunion de presse le jeudi 24 octobre 1974, sur la politique extérieure au Palais de l'Élysée, que « les Comores sont une unité, ont été une unité et qu’il est tout à fait naturel que leur sort soit un sort commun ». Tout en exprimant bien les incertitudes de la politique française.
Pour rappel, aux élections présidentielles françaises de mars 1974, lui et François Mitterrand s’étaient engagés par écrit, auprès de la classe politique comorienne, à garantir l’accession à l’indépendance des Comores dans l’unité de l’archipel.
Cependant, le lobby de l’extrême droite regroupé autour du journal « Minute » et de certains gaullistes conduits par Pierre Mesmer, s’est mobilisé autour du slogan «Mayotte française depuis cent trente ans, peut le rester pendant autant d’années si elle le désire ».
Ils ont battu campagne pour que « les populations des Comores » soient consultées. Dans la foulée, le Sénat français amende le projet de loi devant organiser un référendum global. Il en change l’intitulé ; au lieu de consulter «la» population des Comores, ce sont «les» populations qui le seront le 22 décembre 1974.
Le 25 février 1975, Olivier Stirn, ministre des DOM-TOM, visite les Comores dans une ambiance d’hostilité générale. Le 3 juillet 1975, l’Assemblée Nationale française et le Sénat adoptent une loi fixant l’accès à l’indépendance sous conditions. Elle reporte l’indépendance à une date ultérieure et la soumet à la préparation d’une Constitution par tous les partis politiques et à son adoption île par île. La France s’est progressivement mise dans une situation inextricable. Les tergiversations des autorités françaises sont inacceptables pour les Comoriens qui lors de la consultation du 22 décembre 1974, votent massivement le «oui» (93%).
Giscard est piégé par le lobby soutenant la sécession mahoraise. Forts de ses soutiens, ils ont réussi à réaliser la cession de Mayotte. L’unité des Comores est brisée. Depuis, la France cherche à faire avaliser le traumatisme mais rien n’y fait. Dans l’absolu, les Comoriens n’ont jamais accepté le fait accompli. Mieux, ils ont toujours saisi toutes les occasions qui lui ont été offertes pour stigmatiser la France d’avoir ôté la quatrième patte du «bœuf comorien » si cher au feu président Ahmed Abdallah Abdérémane. Et depuis lors Mayotte reste ce « contentieux désagréable » entre la France et les Comores.
Mmagaza
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