Malgré les démarches diplomatiques, les échanges entre les ministères de la Justice, et un geste de bonne volonté de la part des autorités comoriennes notamment la grâce présidentielle accordée à une ressortissante malgache à l’occasion de la fête nationale du 6 juillet, Antananarivo demeure inflexible.
Alors qu’elle croyait rentrer aux Comores pour se remettre d’une opération chirurgicale au niveau de la colonne vertébrale, Fatima A., 46 ans, a fini à Antanimora la principale prison d’Antananarivo depuis le 1er juillet 2023 pour une histoire de trafic d’enfants. La quadragénaire est en effet interpellée à l’aéroport d’Ivato alors qu’elle s’apprêtait à embarquer pour son vol retour aux Comores après près de deux mois de séjour sur la Grande Ile. Si au départ ses bras n’étaient chargés que de bagages, arrivée à l’aéroport d’Ivato on lui a confié un nourrisson, qui sera la source de ses démêlés judiciaires avec la justice malgache.
Selon ses déclarations, c’est un certain Ramanjisoa Dhoimir, un Malgacho-Comorien aujourd’hui en fuite qui lui aurait remis l’enfant en lui demandant de l’amener aux Comores. Problème, Fatima A. n’est pas la véritable mère de l’enfant contrairement à ce que supposent des faux documents qui seraient produits à son insu par R. Dhoimir. « J’ai été piégée », clame-t-elle, accusant R. Dhoimir d’avoir « falsifié l’extrait de naissance d'un bébé pour [l]'enregistrer en tant que mère de l'enfant ». Alors que ses liens avec son piégeur présumé restent encore flous, la native de Mdé dans le Bambao évoque son état de santé encore fragile pour contester l’idée qu’elle aurait agi en complicité avec lui. « Mon état de santé ne me permet pas d'amener un enfant qui n'arrive pas à marcher », insiste-t-elle dans un courrier adressé au ministère comorien de la justice et que nous avons pu consulter.
Autre élément qui pourrait jouer en sa faveur, la très mauvaise réputation de Dhoimir tant auprès de la police malgache que de l’ambassade des Comores à Antananarivo. Selon nos informations, la représentation diplomatique l’aurait menacé à plusieurs reprises d’intenter des actions en justice à son encontre « pour faux et usage de faux ». Dhoimir est en effet suspecté de trafic de laissez-passer et de visas d’entrée aux Comores. « C’est un faussaire bien connu à Antananarivo », résume une source proche du dossier.
Depuis l’arrestation de Fatima A., les autorités comoriennes ne ménagent aucun effort pour obtenir sa libération. « Avant, nos interlocuteurs malgaches disaient que cela serait compliqué de lui faire bénéficier des mesures d’allègement avant le procès », se remémore un agent diplomatique basé à Moroni. Mais le procès a eu lieu le 15 avril 2024, et la mise en cause a été reconnue coupable et condamnée à cinq ans d'emprisonnement ferme pour « traite de personnes et association de malfaiteurs », et les promesses, tardent à être respectées. « Maintenant que le procès a eu lieu, ils ont changé de refrain. Ils disent désormais qu’ils ne peuvent lui accorder une liberté provisoire au motif qu’elle est de nationalité étrangère », explique notre interlocuteur. « L’option qui est désormais sur la table c’est l’extradition », enchaine-t-il, évoquant l’existence d’un courrier du ministère comorien de la justice à leurs homologues malgaches, en plus des négociations diplomatiques menées depuis Antananarivo.
C’est dans ce contexte que Moroni a tendu la main à Antananarivo. Azali Assoumani a en effet accordé une grâce à une Malgache dans le cadre de la fête nationale de l’indépendance le 6 juillet. Le chef de l’Etat comorien espère encore que son geste de bonne volonté profitera à sa compatriote.
Il faut savoir que Fatima A. a été arrêtée en même temps qu’un autre compatriote avec qui elle devait prendre le même le vol. Si l’information est confirmée par nos interlocuteurs, nous n’avons en revanche pas davantage de renseignements sur lui, encore moins sur le rôle qu’il aurait joué dans cette affaire.
Pour rappel, en janvier 2022, à la demande d’Antananarivo, les autorités comoriennes ont extradé deux Malgaches impliqués dans une affaire de trafic de lingots d’or entre Madagascar, les Comores et les Émirats Arabes Unis. Le refus de Moroni de restituer le magot de 49,5 kilogrammes avait conduit à la fermeture des frontières aériennes entre les deux pays par la partie malgache. Les lingots, réclamés par l’État malgache sans la moindre parcelle de preuve de propriété, ont été finalement restitués au mois de mars dernier.
Quelques mois avant cette fâcheuse affaire de trafic d’or qui marque le début de la détérioration des relations entre les deux voisins, Madagascar avait livré, contre l’avis de l’ONU, le Comorien Insa Mohamed alias Bobocha, vers son pays d’origine. Poursuivi pour atteinte à la sureté de l’État, il s’était évadé de la prison de Moroni pour se réfugier à Madagascar où, selon les Nations Unies, « il bénéficiait du statut de réfugié lorsqu’il a été illégalement extradé vers les Comores ». De l’avis de nos interlocuteurs, l’attitude des autorités malgaches dans l’affaire Fatima A. comme dans d’autres dossiers sensibles, « traduit une volonté manifeste de mépriser leurs voisins comoriens ». Et ce ne sont ni la décision unilatérale de suspendre les liaisons maritimes avec Moroni entre octobre 2024 et mars 2025, ni toutes les provocations qui se sont ensuivies, qui viendront contredire ce sentiment.
Toufé Maecha
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