La Gazette

des Comores

Deux hommes jugés pour une vidéo TikTok contraire aux mœurs

Deux hommes jugés pour une vidéo TikTok contraire aux mœurs © : HZK-LGDC

La Cour d’appel de Moroni a examiné, mercredi 6 mai, le dossier de deux Comoriens condamnés en première instance pour la diffusion d’une vidéo jugée contraire aux bonnes mœurs et portant atteinte à la dignité humaine. La vidéo en question a été perçue par de nombreux observateurs comme faisant l’apologie de la violence sexuelle, ce qui a fortement contribué à l’indignation générale.


Les faits remontent au mois de Ramadan. Une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, montrant Mamoun Mohamed dans un état de grande confusion, avait suscité une vive indignation au sein de l’opinion publique. L’enregistrement, réalisé et diffusé par Moussa M’madi, a été considéré par la justice comme un contenu choquant, attentatoire à la pudeur et particulièrement inapproprié en période de Ramadan. La vidéo en question a été perçue par de nombreux observateurs comme faisant l’apologie de la violence sexuelle, ce qui a fortement contribué à l’indignation générale. En première instance, Mamoun Mohamed, originaire de Helédjé, a été condamné à deux ans d’emprisonnement, dont un an ferme, pour outrage public à la pudeur. Moussa M’madi, plombier de profession, a quant à lui écopé de cinq ans d’emprisonnement, dont un an ferme, pour diffusion d’images contraires aux bonnes mœurs.

À la barre, Mamoun Mohamed a livré un témoignage décousu. Vêtu d’un pantalon gris et d’une chemise orange à manches longues, il a tenu des propos incohérents, mêlant des références à « l’urine », à « la vie de couple » et au « divin », sans logique apparente. Ses déclarations, jugées confuses par la Cour, ont suscité des réactions dans la salle. De son côté, Moussa M’madi a reconnu les faits. Il a expliqué avoir filmé Mamoun Mohamed comme il le faisait habituellement, sans intention de lui nuire. « Ce jour-là, comme d’habitude, je filmais Mamoun Mohamed. Il a prononcé des paroles vulgaires. Dès que j’ai compris l’ampleur prise par la vidéo, je l’ai immédiatement supprimée », a-t-il déclaré, visiblement ému à la barre. Il a également reconnu avoir connaissance de l’état mental de son co-prévenu.

Dans ses réquisitions, le parquet général a pris en compte cet élément, évoquant l’altération de l’état mental de Mamoun Mohamed, et a requis l’infirmation du jugement de première instance. Dans sa plaidoirie, l’avocat de la défense de Mamoun Mohamed, Me Fahardine Mohamed Abdoulwahab, a fondé son argumentation sur le principe de l’irresponsabilité pénale. Il a rappelé que l’article 27 du Code pénal comorien exclut toute sanction à l’encontre d’une personne atteinte de troubles mentaux au moment des faits. « Mon client ne parle pas, il subit. Ce que vous avez entendu à la barre n’est pas un discours, c’est un symptôme », a-t-il déclaré. L’avocat a insisté sur l’incohérence des propos, le comportement du prévenu et son incapacité à comprendre la portée de ses actes. Pour appuyer sa défense, il a produit un témoignage du chef de village de Helédjé, décrivant un homme dont les troubles mentaux sont connus de longue date dans la communauté. Il a également indiqué que Mamoun Mohamed a effectué plusieurs déplacements à l’étranger pour des soins médicaux.

Me Abdoulwahab a par ailleurs évoqué l’article 298 du Code pénal, relatif à l’absence d’intention coupable, estimant que son client ne disposait pas du discernement nécessaire. « La justice doit protéger, pas enfermer », a-t-il plaidé, demandant la relaxe pure et simple. Me Yahaya Mohamed, avocat de Moussa M’madi, a plaidé l’absence d’intention de nuire. Selon lui, son client filmait Mamoun Mohamed par habitude, sans mise en scène ni volonté d’humiliation. Il a ajouté que la vidéo avait été supprimée de lui-même dès qu’il en a compris la portée. Ému à l’audience, il estime que son client mérite des circonstances atténuantes plutôt qu’une condamnation sévère pour une maladresse. La chambre correctionnelle de la Cour d’appel de Moroni rendra sa décision le 3 juin 2026. En attendant, les deux prévenus bénéficient d’une levée de mandat de dépôt.

 

El-Aniou Fatima

 

 


Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.