Une fille de 14 ans et un garçon de 15 ans sont appréhendés en train de se balader la nuit par la « police municipale » à Nioumadzaha dans la région de Bambao. Ils ont été relâchés quelques minutes plus tard après être soumis à des séances de pompes.
Ce sont deux mineurs qui en principe devraient se rendre à des cours de soutien chaque soir à la bibliothèque du village. Cartable sur le dos, ils partent de chez eux et se retrouvent non à la bibliothèque mais dans les bois situés dans les hauteurs du village, au beau milieu des cris d’oiseaux, loin des regards indiscrets. Ils se croyaient être à l’abri, et pourtant. A force d’être aperçus régulièrement par d’autres promeneurs dans ces lieux où la limite du temps disparait, leur présence a attiré l’attention de ces autres noctambules qui ont fini par alerter les « policiers municipaux », une sorte de sécurité villageoise méconnue malgré elle par la mairie.
Jeudi soir denier, dans les coups de 22h, les agents ont investi les lieux indiqués et arrêté les deux mineurs qui n’ont opposé aucune résistance. Ils ont été contraints à faire des pompes chacun, condition pour être relâchés. Le garçon s’en est tiré à si bon compte tandis que la fille, elle, a failli faire un malaise pendant cet exercice physique effectué sous la contrainte. En mars 2015, une dizaine d’élèves en classe d’examen étaient arrêtés dans une salle de classe et placés en garde à vue dans la brigade de police nationale sise à Nioumadzaha. Ils avaient poursuivi leurs cours au-delà de 22h, « violant » ainsi le couvre-feu imposé par les « notables ».
Ils étaient confinés dans une pièce trop exiguë et lugubre, des bouteilles en plastique mises à leur disposition en guise d’urinoir. A la même période, ce même type de sécurité s’en était pris à un membre de la diaspora. Son tort : avoir « osé » venir au village avec une femme dans les coups d’une heure du matin, alors que l’espèce de couvre-feu était encore en vigueur. L’homme d’une quarantaine d’années a été vachement molesté. Cette sécurité locale qui rompt avec la municipalité est soutenue par des cadres qui occupent ou ayant occupé des hautes fonctions au sein de l’administration nationale. Son statut, ses excès, ainsi que les éléments qui la composent, dont des personnes qui n’ont pas toutes leurs facultés, n’émeuvent pas grand monde.
Contacté par La Gazette des Comores, le maire de Bambao Yahari affirme que cette « police » ne relève pas de son autorité. Notons qu’il n’y a pas qu’à Nioumadzaha qu’il y a une police attribuée à la commune sans pour autant l’être réellement. A Mdé, aussi. Cette forme de « scission » ne s’expliquerait-elle pas par l’absence de l’autorité de l’État dans nos localités ?
Les autorités traditionnelles exercent un véritable pouvoir, un État dans l’État, quitte à décider du droit d’établissement d’un citoyen pourtant garanti par la Constitution. Ou encore, interdire les autorités gouvernementales de mettre leurs pieds dans un village donné. Une marche tranquille à la radicalisation sous la bénédiction de l’État, le vrai.
TM
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