Lors des célébrations du 51e anniversaire de l’indépendance des Comores le lundi 6 juillet dernier, le discours du Président de la République, prononcé à la Tribune de la place de l’indépendance devant des membres du gouvernement, des délégations étrangères et des centaines de citoyens, a suscité des réactions contrastées. Axé sur la stabilité, l’unité nationale et les perspectives de développement, le message présidentiel a été globalement salué par les autorités, tandis que dans le public, entre applaudissements et critiques, les attentes demeurent vives.
Du côté des institutions, les réactions convergent vers une lecture positive du discours. Le secrétaire général adjoint du gouvernement, Soilihi Mohamed Djounaid, met en avant les avancées évoquées par le chef de l’État, notamment le renforcement des relations avec Madagascar et l’ouverture annoncée de liaisons aériennes directes. Il insiste également sur « un recul de la pauvreté » et affirme que, malgré les difficultés, « le pays avance ». Sur la question de la stabilité, il se veut rassurant. « Comparé à d’autres pays, nous sommes dans une situation de paix relative. Il n’y a pas de développement sans stabilité. »
Le ministre de l’Éducation, Bacar Mvoulana, retient pour sa part « l’appel à l’unité nationale et à la responsabilité collective ». Selon lui, le discours envoie « un signal positif » à l’ensemble de la population, rappelant que « la paix et la stabilité sont les fondements indispensables de tout développement durable ». Même lecture du côté du ministre de l’Environnement, Abubakar Ben Mahamoud, qui souligne la portée historique et diplomatique de l’allocution. Il évoque « la fierté nationale » et l’engagement du pays à promouvoir la paix à l’échelle régionale et internationale, tout en rappelant les efforts du gouvernement face aux défis économiques et sociaux, ainsi que la question de Mayotte abordée dans un esprit de dialogue. Au sein de l’exécutif, plusieurs responsables saluent également un discours « cohérent » et « porteur d’espoir », mettant en avant la continuité des politiques publiques et la nécessité de préserver la cohésion sociale dans un contexte marqué par de nombreux défis.
Du côté du public, si les applaudissements ont ponctué plusieurs passages du discours, les réactions se révèlent nettement plus partagées, oscillant entre adhésion ponctuelle et remise en question du message présidentiel. « Le discours était très long, et au fond, on entend toujours les mêmes choses », confie un spectateur. Pour lui, les annonces répétées au fil des années peinent à susciter un réel espoir. Fairouze Saïd exprime une inquiétude plus marquée, notamment sur la question de la sécurité : « On nous parle de stabilité, mais aujourd’hui les parents n’osent plus laisser leurs enfants aller seuls à l’école. Avant, c’était possible. Il y a des problèmes qu’on ne peut pas ignorer. » Une déclaration qui traduit un sentiment partagé par une partie de la population.
Salim Soulé, tout en saluant l’organisation globale de la cérémonie, reste sceptique sur le fond. « Les démonstrations étaient belles, mais derrière, on attend des actes. On entend beaucoup de choses dans les discours, mais sur le terrain, ça ne suit pas toujours. » À l’inverse, certaines voix se montrent plus nuancées. Soukainata Halidi salue le bon déroulement de l’événement. « Cette fois-ci, tout était bien cadré. Le protocole était moins lourd que d’habitude et ça a facilité la cérémonie. » Enfin, chez les plus jeunes, le regard reste empreint d’enthousiasme. Âgé de 9 ans, Zamil Mwana Mwaha retient avant tout l’émotion du moment. « J’ai vu le président de près, il souriait, j’ai vraiment aimé. »
Entre soutien institutionnel affirmé et attentes citoyennes encore fortes, le discours présidentiel du 6 juillet met en lumière une réalité contrastée : celle d’un pays qui affiche des ambitions de stabilité et de développement, mais dont une partie de la population attend encore des retombées concrètes dans son quotidien.
Mohamed Ali Nasra
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