C’est le chef de l’Etat qui l’a annoncé officiellement, à la Télévision nationale dans la soirée du 8 avril. Le grand mufti Saïd Toihir est né à Ntsujini à Ngazidja (Comores) et a fait une grande partie de sa scolarité à Zanzibar auprès de son oncle. Il avait quitté les Comores à l’âge de 7 ans pour rejoindre son oncle Said Moustoifa Bin Djanffar à Zanzibar, où il a fait ses études primaires et secondaires. Il a intégré l’Académie musulmane de Zanzibar avant partir pour la prestigieuse université d’Al-Azhar au Caire où il obtiendra un magistère en droit islamique comparé.
Suite à un concours, il est admis au « Muslim Academy » alors qu’il était en seconde. En 1956 il intégrera Al-Azhar. Deux ans plus tard, il décrochera son baccalauréat et entre à l’Université Al-Azhar du Caire (Égypte) pour des études en Droit et sharia, Sharian walkanuni, et obtient sa licence. Il en sortira titulaire d’un Master en Usul l’Fikhi. Il était le premier comorien à être admis à la prestigieuse Université Al-Azhar.
Fundi Toihir est rentré dans l’archipel en 1967. Dès son retour, il a commencé à sensibiliser et à mobiliser les Comoriens pour l’apprentissage de la langue arabe. Son militantisme considéré à tort ou raison proche du panarabisme de Gamal Abdel Nasser lui vaut d’être mis sous surveillance par les services de sécurité de l’administration coloniale.
Il se rend à Mutsamudu à l’inauguration de la nouvelle mosquée de vendredi. Dans son discours prononcé à l’occasion, il a eu à souligner la nécessité d’implanter des établissements enseignant la langue arabe et a eu à prôner l’unité de tous les comoriens. Une note du Haut-commissariat le qualifie de « porte-parole accepté d’une tendance modérée à mi-chemin entre l’Islam comorien traditionnel de plus en plus anachronique quant à ses manifestations sociales et les éléments « chinois » du MOLINACO ».
Pour couper court à son militantisme, il est envoyé au Lycée de Moroni pour enseigner l’arabe. Durant cinq années, il côtoie beaucoup de jeunes lycéens qui deviendront après l’indépendance les dirigeants du pays. Il n’arrêtait pas d’ailleurs de les critiquer en les accusant de mettre « le pêle-mêle ». Le pêle-mêle que nous vivons aujourd’hui vient peut être de là.
Fundi Toihir a été un pilier du régime d’Ali Soilihi. Il était l’éminence grise en matière de religion du Mongozi. Son omniprésence durant les trois ans de règne d’Ali Soilihi, lui a valu d’être banni par le régime d’Ahmed Abdallah. Durant les douze années de règne, il s’était fait oublié. Retiré dans son antre de Ntsoudjini, il passait son temps à se cultiver et à approfondir sa connaissance du coran.
Ironie de l’histoire, la France avait décoré le grand Mufti de la Légion d’honneur le 14 juillet 2014. Au cours de cette cérémonie l’Ambassadeur de France Philippe Lacoste avait dit : « C’est l’occasion pour la République française, dont l’islam est la seconde religion, de vous témoigner sa reconnaissance et son estime. Car au moment où certains caricaturent la religion musulmane, vous en donnez au contraire une image cultivée et ouverte celle d’un humaniste ».
Et il avait ajouté : « Depuis, vos interventions régulières à la télévision ou dans les mosquées sont suivies avec intérêt et respect par tous aux Comores mais aussi en France. Vous êtes sévère quand il le faut, notamment vis-à-vis des ignorants, mais toujours attentif à la condition humaine et à ses faiblesses. A titre personnel, j’apprécie beaucoup nos conversations et j’en sors toujours éclairé sur les ressorts de la société comorienne ». On peut dire que la personnalité du défunt est résumée en ces quelques mots si l’on se réfère à une interview où il parlait de sa vie.
Fundi Toihir a été un des artisans de la création de l’Université des Comores. Il était membre de son premier conseil d’administration et a beaucoup contribué à assoir la notoriété de l’Université comorienne. Son dernier et long combat est celui de la lutte contre l’intégrisme religieux. Hai par les jeunes lettrés musulmans extrémistes, il les défiait tant sur leur connaissance que sur leur capacité à bouleverser les traditions comoriennes.
Il sera nommé Grand Mufti des Comores en 1998, par le président Mohamed Taki Abdulkarim. Poste qu’il occupera jusqu’à ce mercredi 8 avril. Pour mémoire, l’actuel chef de l’État figure parmi ses élèves du lycée.
Mmagaza
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