Dans une vidéo publiée sur Facebook, le ministre de l’Éducation nationale a annoncé le renvoi des instituteurs du public qui exercent également dans le privé. Une mesure qu’il justifie par la loi d’orientation n°20-034/AU en vigueur, alors que les enseignants dénoncent, de leur côté, des salaires jugés insuffisants.
Le ministre de l'éducation nationale, Bacar Mvoulana, ne veut plus de demi-mesure. Tout enseignant du primaire public qui cumule avec une école privée sera révoqué. La décision, annoncée sur Facebook, a été prise, dit-il, après une rencontre avec le Syndicat des enseignants et le Secrétariat général du gouvernement. Bacar Mvoulana a affirmé que les enseignants doivent respecter scrupuleusement leur volume horaire dans le public et que toute personne identifiée en situation de cumul sera licenciée sans aucune hésitation, une position arrêtée, précise-t-il, « non négociable ». Pourtant, la loi d'orientation actuellement en vigueur (n°20-034/AU du 29 décembre 2020) promulguée le 30 janvier 2021, est celle qui a rendu obligatoire l'enseignement préélémentaire pour les 3-5 ans, ramené le cycle élémentaire de six à cinq ans et clarifié la place de l'enseignement coranique. Or, selon un rapport de l'UNICEF de 2023, si cette loi est bien en vigueur, « les textes d'application ne sont pas encore élaborés ». Un vide juridique qui rend son « application intégrale » délicate.
Pour justifier la sanction, le ministre, invoque des réclamations du Syndicat des enseignants. Il a annoncé l'application de la nouvelle grille indiciaire avec une hausse des salaires et la régularisation des avancements, dont les premiers effets seront visibles selon lui dès ce mois de septembre 2026, une revalorisation qu'il présente comme la contrepartie au respect strict des obligations de service dans le public. C'est ainsi qu'il a rappelé les obligations prévues par la loi, à savoir vingt heures au collège et dix-huit heures au lycée dans le public. Précisant que le texte autorise un enseignant du secondaire à effectuer au maximum dix heures dans le privé et que tout dépassement sera également sanctionné par une révocation. Il a insisté sur le fait « qu'il n'empêche personne de travailler, mais que chacun devait choisir son camp », à condition de ne plus prétendre à un poste dans le public. Et de conclure : « Le privé peut proposer jusqu'à cinquante heures mais que chacun choisisse où il souhaite rester, dans le secteur privé ou dans le secteur public. Ce point n'est pas négociable ! »
Par ailleurs, sur le terrain, la mesure passe mal. La plateforme numérique du ministère permet désormais de croiser les emplois du temps, mais elle ne répond pas, selon les enseignants, à la cause profonde : le salaire. Instituteur depuis douze ans dans le public, et vacataire l'après-midi dans une école privée de Moroni pour joindre les deux bouts, Ali Soilihi résume le malaise : « La revalorisation salariale annoncée via la nouvelle grille indiciaire va dans le bon sens, mais demeure largement insuffisante. Les augmentations ne sont que de 2500 à 15000 francs comoriens selon les cas, alors que le coût de la vie est devenu insoutenable, ce qui nous contraint à chercher un complément dans le privé. Nous n'avons pas le choix, la vie est chère et dure avec un petit salaire. »
L'analyse de cette décision dépasse la simple question disciplinaire. En voulant appliquer la loi "intégrale" à la rentrée, le ministère prend probablement le risque d'assécher un secteur privé qui fonctionne à plus de 60% grâce aux enseignants du public, et de pousser vers la sortie des profils expérimentés. Sans revalorisation significative et sans décrets d'application clarifiant le cumul d'activités, les droits et devoirs, la menace de radiation pourrait transformer une réforme structurelle nécessaire, prévue cela dit par les articles 113 et 114 sur la gouvernance, en crise sociale.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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