La Gazette

des Comores

Décès de Fundi Abdou Mhoumadi : un grand patriote nous a quittés

Décès de Fundi Abdou Mhoumadi : un grand patriote nous a quittés © : HZK-LGDC

L’ancien militant de l’Association des Stagiaires et Etudiants des Comores (ASEC), membre fondateur du Front Démocratique (FD) et ancien ministre Abdou Mhoumadi est mort à l’âge de 70 ans, a fait savoir, samedi 9 mai 2020, sa famille. Il est décédé à Madagascar. Abdou Mhoumadi vient de nous quitter, après une vie bien remplie. Tous ceux qui l’ont croisé garderont de lui l’image de cet homme simple, intelligent, courtois, ouvert et honnête. Il fut un combattant inlassable pour l’indépendance nationale et une fois celle-ci acquise, il s’est investi dans le combat contre l’injustice sociale et le sous-développement.


Après ses études primaires à Mitsamiouli, il rejoint le lycée de Moroni à la fin des années 60. Il fait ses premières armes de militant dans la grève des lycées de 1968. Il sera aux avant-postes des actions lycéennes qui ont ébranlées le régime du président Said Mohamed Cheikh. Après son baccalauréat, il part en France poursuivre ses études supérieures où il adhère à l’ASEC. Entre 1970 et 1975, l’ASEC est traversée par deux courants idéologiques irréconciliables, entre les défenseurs d’un syndicalisme estudiantin non engagé et les partisans de la révolution pour l’indépendance nationale. Abdou Mhoumadi choisit les révolutionnaires, groupe dirigé par Moustoifa Said Cheikh et fortement influencé par le développement de la lutte de libération nationale dans le monde et de la lutte des classes en France.

 

Ce groupe de révolutionnaires va fortement influencer l’action du mouvement estudiantin comorien en France. Doué d’un talent musical ou artistique extraordinaire, Abdou Mhoumadi sera un des piliers dans la production et la diffusion des œuvres culturelles révolutionnaires de l’ASEC. Il était un des compositeurs de plusieurs des chants et mélodies des deux disques vinyles produites et popularisées à la gloire de la lutte du peuple comorien et des peuples opprimés du monde.

 

Abdou Mhoumadi fait partie de premiers dirigeants historiques de l’ASEC à prendre le chemin du retour aux Comores. A la chute du régime d’Ali Soilih en 1978, un mot d’ordre est lancé par ses instances dirigeantes pour que tout militant ayant achevé ses études regagne la mère patrie. Après une campagne d’agitation sociale et de contestation sociale sans précédent, consécutives au retour au pays d’un grand nombre de militants de l’ASEC, le gouvernement du président Ahmed Abdallah aidé par l’équipe du mercenaire Bob Denard, décide de réprimer « ces révolutionnaires venus d’ailleurs ».

 

Abdou Mhoumadi est arrêté et emprisonné puis libéré. L’épreuve de la prison au lieu de briser leur élan, les revigorent et les poussent à fonder le Front Démocratique (FD), un parti non reconnu mais toléré.  Le FD se met à dénoncer le pillage de l’Etat, l’affairisme ambiant et l’enrichissement illicite par le biais des biens mal acquis qu’il surnommé la course au 5V (voiture, voyage, vidéo, virement et villa). Excédé par ce parti qui empêche de tourner en rond, le gouvernement et les mercenaires de Bob Denard sévissent à nouveau le 5 mars 1985. Ils profitent d’une tentative de mutinerie de la garde présidentielle pour arrêter et jeter en prison une vingtaine de militaires et une soixantaine de militants du FD, dont Abdou Mhoumadi.

 

Comme l’ensemble de ses camarades, Abdou Mhoumadi connaitra les affres de la prison et de la torture. Il en sortira digne et encore combatif. Après la chute d’Ahmed Abdallah, il s’engage dans le combat du développement. Tout en poursuivant ses activités politiques avec le FD, il fonde avec des amis le « Groupe Scolaire des Oliviers » à Mitsamiouli, qui a eu à amener plusieurs centaines de jeunes au baccalauréat. Plusieurs cadres et techniciens de l’administration comorienne et ailleurs sont issus de son institution. Il a été candidat à la députation de la circonscription nord, puis ministre de l’éducation nationale, de la recherche et des arts.

 

A ce poste ministériel, il a été très actif et a voulu procéder à des réformes profondes de l’Université pour en faire un outil de développement. Il a eu à initier notamment le processus pour la création d’une école doctorale à l’Université des Comores qui aurait permis aux jeunes Comoriens de faire leur thèse sur place. Il a pour cela fait activer la commission des qualifications qui a eu à statuer sur la nomination du corps professoral prévu à cet effet.

 

Son initiative a été stoppé nette pour des raisons non élucidé jusqu’à présent. Comme quoi dans ce pays, il ne faut rien faire pour rester le plus longtemps à son poste. L’homme politique mais aussi le bâtisseur nous a quittés ; il est parti rejoindre l’au-delà. Que dieu l’agrée dans sa clémence et sa miséricorde.

 

Mmagaza


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