La Gazette

des Comores

Démarrage des préparatifs des Assises nationales de l’éducation

Démarrage des préparatifs des Assises nationales de l’éducation © : HZK-LGDC

Une grande concertation nationale se prépare autour de l’avenir de l’éducation aux Comores. Les Assises nationales de l’éducation, en cours de préparation, s’annoncent comme un moment fort de dialogue et de co-construction. Leur objectif est de repenser en profondeur le système éducatif, en partant des réalités du terrain, des attentes des citoyens et de l’expertise locale.


Ce chantier de refondation se veut inclusif et ambitieux. Il vise à bâtir une école comorienne capable de répondre aux défis du présent et de préparer les générations futures, en redonnant toute sa place à la parole citoyenne. Enseignants, élèves, parents, décideurs et experts seront conviés à s’exprimer et à contribuer à l’élaboration d’un nouveau projet éducatif national. Le ministère de l’Éducation a officiellement donné le coup d’envoi des travaux préparatoires, ce mercredi 4 juin, à l’occasion d’un atelier d’étude présidé par le secrétaire général, Soulé Saïd Soulé. L’événement a rassemblé enseignants, pédagogues, chercheurs et cadres de l’administration autour d’un objectif commun : jeter les bases d’une refondation collective et participative du système éducatif comorien. « Il s’agit d’un débat démocratique et populaire, où chacun est invité à faire entendre sa voix », a déclaré Soulé Saïd Soulé, en précisant que des outils numériques seront déployés pour permettre à la diaspora de contribuer aux réflexions.

Pour structurer cette démarche ambitieuse, deux comités ont été mis en place : un comité scientifique, dirigé par l’universitaire Ali Abdoulhamid, en charge de la coordination des travaux thématiques et de la rédaction du document final, et un comité technique, chargé de l’organisation logistique et du bon déroulement du processus. Au cœur de l’approche : une méthode participative, dans laquelle chaque île sera conviée à organiser ses propres ateliers. Une manière de rompre avec les consultations descendantes et de rendre à la population son rôle de co-constructrice des politiques publiques.

« Ce que nous lançons n’est pas une simple consultation d’experts. Ce que nous préparons, c’est une refondation nationale de l’école », résume un inspecteur présent à l’atelier. Dès cette première journée de réflexion, plusieurs questions importantes ont émergé : l’amélioration de la qualité de l’enseignement, l’encadrement du secteur privé, la modernisation des contenus pédagogiques, ou encore l’intégration de la langue comorienne dans le système éducatif. « Il ne suffit plus de construire des écoles. Il faut désormais réfléchir au type d’éducation que nous voulons offrir à nos enfants », a déclaré un enseignant venu de Mohéli, insistant sur le lien étroit entre éducation, identité nationale et développement. Pour lui, penser l’école, c’est aussi penser l’avenir du pays.

Le rôle central de l’Université des Comores a également été souligné : « La majorité de nos cadres ont été formés localement. L’université a joué un rôle déterminant. Mais il faut maintenant franchir un cap : améliorer la qualité, adapter les formations au marché de l’emploi et renforcer l’ouverture régionale », a-t-il ajouté. Si l’accès à l’éducation a considérablement progressé depuis l’indépendance, la qualité des enseignements demeure un défi. Ce paradoxe d’une scolarisation plus large mais des résultats souvent insuffisants a été au cœur de plusieurs interventions. Les participants ont unanimement appelé à un diagnostic honnête, sans complaisance mais résolument tourné vers des solutions durables. Djaé Mdahoma, cadre du ministère de l’Éducation, a dressé un panorama de l’évolution du secteur depuis l’indépendance en 1975, soulignant les efforts accomplis malgré des ressources souvent limitées. Toutefois, les défis restent importants : insuffisance de la formation continue, disparités entre les îles, absence de stratégie numérique, programmes pédagogiques dépassés, et un faible taux de réussite aux examens nationaux.

Le comité scientifique a validé six thématiques principales, couvrant les enjeux majeurs du secteur : financement, gouvernance, pédagogie, enseignement supérieur, recherche et modernisation. À ces axes s’ajouteront les propositions issues des ateliers insulaires, qui nourriront la rédaction du document final des Assises. « Les délais sont courts, mais les attentes sont fortes », a reconnu Ali Abdoulhamid. « Il est essentiel que chaque acteur se sente concerné. » Ce processus de réflexion collective constitue une opportunité rare de dépasser les réformes souvent improvisées et menées sous pression, pour établir les fondations d’un véritable pacte éducatif national. En attendant la tenue des Assises, prévues du 30 juin au 2 juillet, la parole est désormais donnée à tous les Comoriens. Car si l’école doit évoluer, c’est toute la société qui est appelée à repenser ses contours.

Mohamed Ali Nasra


Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.