Depuis une trentaine d'années au moins (1990), le système éducatif ne cesse de dégringoler. Les résultats des examens nationaux de fin d'année sont là pour témoigner du délitement du niveau des jeunes écoliers jusqu’aux étudiants de l'Université des Comores.
Là n’est pas en tout cas le sujet, cette question de l'éducation nationale, on la laisse aux spécialistes du domaine pour nous trouver la parade de comment sortir de cette longue agonie. L’autre jour, je me suis improvisé maître d'école pour faire la lecture à ma fille qui est au Cours Préparatoire 2ème année. Vous savez, à chaque adulte se cache un petit enfant. Quand nous ouvrons les manuels de nos enfants, on a un brin de nostalgie qui nous fait remonter des années en arrière quand on était sur les bancs du primaire. Au passage, je ne me souviens pas avoir été un élève si assidu, mais une chose est sûre, j'étais bon en lecture, d’ailleurs c’est peut être la seule matière où j’excellais.
Ma mère avec sa rigueur m’avait déjà appris les bases de la lecture avant que je n’entre en classe de CP1 sous la direction de Monsieur Aboubacar mon premier instituteur. A cette époque là, les manuels de français avait des noms folkloriques (le flamboyant, Afrique mon Afrique) qui donnaient envie aux petits écoliers que nous étions de lire « Les hommes que je vois, les femmes que je croise, m'appellent leur fils…). A ma grande surprise quand je regarde la couverture du manuel de ma fille, aucun titre, quel gâchis marmonnais-je « FRANCAIS manuel CP2 ».
En feuilletant, je tombe sur la préface de feu l’ancien ministre de l’Education Nationale Abdou Mhoumadi, à notre époque c'était Salim Idaroussi. Dans la préface on peut lire que les nouveaux manuels (français, éveil, mathématiques “ont été élaborés par des enseignants et des encadreurs pédagogiques comoriens, en collaboration avec le Bureau d'Ingénierie en Éducation et en Formation” (BIEF).
En feuilletant les pages intérieures du manuel particulièrement à la page 41, je suis tombé sur une image où l’on voit apparemment un couple comorien vu le mode vestimentaire (boubou, veste et bonnet pour le Monsieur, robe jaune assortie d’une châle de la même couleur pour la fille) entrain de s’embrasser.
A première vue, je me suis posé la question sur l'opportunité d’une telle image dans un manuel scolaire de l’éducation nationale de surcroît pour des enfants de moins de 6 ans. Sur la même page « je m’entraine à la lecture » les enfants apprennent à lire des phrases où l’on trouve des mots (Tempête, Ensemble, Emballer, Temps, Novembre …) avec les sons EMB et EMP.
Des phrases telles que « Chaima est née en septembre », « son amie Habiba est née en novembre » suivent pour montrer aux enfants comment utiliser les verbes et les noms dans une phrase. Sur les sept phrases qui servent d'exemple, on ne voit guère apparaître le verbe embrasser dans aucune des phrases. Et là, la simple question devient une interrogation philosophique. Quelle est la pertinence et l'opportunité pour l’éducation nationale d’enseigner à des enfants qui ont à peine 5 ans le vrai sens du mot embrasser. Si l’on tenait vraiment à leur apprendre ce verbe, n’y avait-il pas d’autres images qui correspondent au mot qui serait moins impactant sur la psychologie des enfants. Je sais que les intégristes de la pensée universaliste vont s’offusquer que l’on puisse se poser des telles questions au 21ème siècle, surtout à une époque ou la télévision et les réseaux sociaux sont accessibles dès le jeune âge. Chacun vit dans son époque, à 3 ans les enfants sont déjà exposés à ces genres d’images dans les Smartphones de leurs parents ou dans les tablettes qui sont devenus la norme dans nos foyers. La digitalisation des jouets de nos enfants a conduit de nombreuses législations de part le monde à durcir les lois sur l’exposition des mineurs aux images pédo-pornographiques.
C’est pourquoi, on s'étonne que les spécialistes comoriens qui ont participé à la réalisation de ce manuel n’ont pas tenu compte à la fois du caractère embarrassant de l’image et de l’impact qu’elle aura sur les enfants. On aurait dit que l’image a été mise là justement pour susciter débats et juger la tolérance ou non de la société envers de telles images dans les manuels de leurs enfants. La question est d’autant plus légitime que l’image et le verbe n’apparaissent dans aucunes des 110 pages restantes du manuel. C’est peut être un petit fait pour les uns mais un fait qui donne une sueur froide aux parents d'élèves qui doivent expliquer ce que veut dire embrasser et pourquoi le faire sur la bouche et non sur la joue, à des enfants de moins de 10 ans. En tout cas, ma fille a trouvé ça dégueulasse.
AS Badraoui
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