Le directeur de publication et le secrétaire de rédaction de La Gazette des Comores ont été remis en liberté après leur audition au parquet de Moroni. Ils sont désormais placés sous contrôle judiciaire et devront se présenter deux fois par semaine devant le juge d’instruction chargé du dossier.
Toufé Maecha et Elhad Saïd Omar ont quitté le parquet de Moroni ce mercredi 10 juin dans l’après-midi, après avoir été entendus dans le cadre d’une information judiciaire ouverte à la suite de plusieurs publications du quotidien indépendant concernant l’état de santé de l’ancien Président Ahmed Abdallah Sambi.
Le directeur de publication est poursuivi pour « complicité de publication et de diffusion de fausses informations de nature à troubler l’ordre public et le moral de la population ». Quant à Toufé Maecha, il est poursuivi pour « publication et diffusion de fausses informations de nature à troubler l’ordre public, notamment le fonctionnement régulier des institutions publiques ».
L’ouverture de l’information judiciaire entraîne plusieurs obligations pour les deux journalistes. Ils ne peuvent pas quitter le territoire national, doivent répondre à toute convocation de la justice et sont tenus de se présenter chaque mardi et jeudi auprès du juge d’instruction. Par ailleurs, Toufé Maecha a l’interdiction d’exercer des activités rédactionnelles liées à cette affaire jusqu’à la fin de l’instruction.
Au troisième jour de la garde à vue de Toufé Maecha, le Syndicat national des journalistes comoriens (SNJC) est passé de la préoccupation à l’action. Hier mercredi, des journalistes de la presse écrite, des radios et des médias en ligne se sont rassemblés dans l’enceinte du Palais de justice de Moroni pour soutenir leur confrère, auditionné dans la matinée après avoir passé deux nuits à la gendarmerie.
L’affaire remonte à lundi soir. Vers 19h50, à Nioumadzaha, le secrétaire de rédaction de La Gazette des Comores a été interpellé par des gendarmes sans motif officiellement communiqué. Une heure plus tard, Elhad Saïd Omar, directeur de publication du journal, était à son tour arrêté à Badjanani. Tous deux ont passé la nuit dans les locaux de la brigade.
Mardi, ni la Procureure de la République ni le Procureur général n’avaient communiqué sur le dossier. Ce n’est que mercredi que les deux responsables ont été entendus par la procureure de la République.
Le même jour, un communiqué du ministère de l’Information est venu préciser les raisons de leur interpellation. Le texte indique que celle-ci fait suite à la publication d’éléments du rapport médical de l’ancien président Ahmed Abdallah Sambi, considérés comme confidentiels selon eux.
Pour le SNJC, cette prise de position a été perçue comme une déception. « Je suis déçu. Nous pensions que la ministre allait nous soutenir, elle qui vient du métier. Mais ce communiqué semble davantage parler au nom du gouvernement qu’au nom de la presse. Toufé n’a fait que son travail : informer les citoyens. Publier une information d’intérêt public n’est pas un crime », a déclaré le président du syndicat, Chamsoudine Saïd Mhadji.
Face au maintien en garde à vue du journaliste durant deux nuits, le syndicat a annoncé des mesures de protestation. « Nous allons boycotter la couverture et le traitement des informations émanant des institutions de l’État », a affirmé son président. Avant d’ajouter : « Nous prendrons toutes les mesures nécessaires, y compris des manifestations publiques. Qu’ils se tiennent prêts à nous enfermer tous si l’on nous empêche d’exercer notre métier normalement ».
Munis de pancartes portant notamment le slogan « Libérez Toufé Maecha », les journalistes ont organisé une marche pacifique entre le Palais de justice et la gendarmerie de Moroni afin d’exiger sa libération.
Pour les responsables syndicaux, l’enjeu dépassait désormais le seul cas de Toufé Maecha. « Ce n’est plus seulement une affaire liée à un article sur Sambi. Il s’agit de savoir si, aux Comores, informer reste un droit ou devient un risque », résume une journaliste présente sur les lieux.
La décision de la justice, désormais engagée dans une phase d’instruction, sera scrutée de près par la profession, qui y voit un test important pour la liberté de la presse dans le pays.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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