Six années de doctorat, un engagement sans faille et un rêve profondément ancré : enseigner à l’Université des Comores. Pourtant, malgré ses qualifications et sa détermination, Dr Mohamed Rafsandjani se heurte au silence de l’institution et à des obstacles administratifs persistants.
« J’avais un rêve, mon rêve ». Ce sont les mots de Mohamed Rafsandjani. Son rêve, dira-t-il, n’était pas de briller à l’étranger ni d’accumuler des titres prestigieux à Oxford ou à Assas, mais bien d’enseigner à la faculté de droit de Mvuni, une jeune institution encore fragile, à laquelle, il se sent intimement attaché.
Pour le juriste constitutionnaliste qu’il est, la simple perspective d’arriver un matin, de saluer ses collègues et de dispenser un cours devant des étudiants de l’UDC représentait l’aboutissement de sa vocation. « Peu importaient la modestie du salaire ou les difficultés matérielles. Transmettre le savoir et recevoir l’assentiment de mes étudiants valaient toutes les paies », explique-t-il.
Après sa soutenance, Mohamed Rafsandjani consacre toute son énergie à ce projet. En avril 2022, il prend contact avec l’administration de l’Université des Comores et soumet une candidature spontanée. Le retour est encourageant : deux entretiens à distance, des échanges constructifs et même la possibilité de proposer des ajustements à la plaquette pédagogique. Pourtant, aucune réponse officielle ne lui parvient par la suite.
Entre-temps, une opportunité se présente à l’Université de Rouen, en France. Son choix demeure clair : sa priorité reste les Comores. « J’ai moi-même relancé l’administration comorienne, mais je n’ai jamais reçu la moindre réponse, pas même un accusé de réception », raconte-t-il. Contraint par les circonstances, il finit par accepter l’offre de Rouen, tout en décidant de rentrer définitivement aux Comores l’été suivant pour tenter à nouveau sa chance. Là encore, le même silence s’installe, malgré ses démarches répétées.
Ce mutisme institutionnel va bien au-delà d’un simple dysfonctionnement administratif. « Ni officiellement ni officieusement, je n’ai reçu d’explication. Même lorsque certaines justifications m’ont été évoquées, elles étaient si confuses que je n’ai rien compris », confie-t-il. Selon lui, ce blocage dépasse largement son cas personnel. « Beaucoup de jeunes diplômés se heurtent à ce mur. Et même ceux qui parviennent à intégrer l’université ne bénéficient pas toujours d’un traitement à la hauteur de leurs qualifications. »
Il pointe du doigt une politisation excessive et un certain corporatisme qui pèseraient lourdement sur les mécanismes de recrutement et de valorisation des compétences. Malgré tout, Mohamed Rafsandjani refuse de renoncer à sa vocation. « Enseigner et faire de la recherche font partie de mon identité. Je ne quémanderai pas une place et je ne ferai pas de courbettes. Je demande simplement que mon dossier soit examiné et qu’une réponse objective me soit donnée », affirme-t-il avec détermination.
L’histoire de Mohamed Rafsandjani illustre la tension persistante entre ambitions individuelles et contraintes institutionnelles. Elle rappelle qu’au-delà des diplômes et des rêves, contribuer au développement de son pays exige engagement, sacrifices et persévérance.
Mohamed Ali Nasra
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