La Gazette

des Comores

Enseignement supérieur : Ouverture d’une école doctorale à l’UDC

Enseignement supérieur :  Ouverture d’une école doctorale à l’UDC © : HZK-LGDC

L’université des Comores a annoncé le samedi 7 février dernier, l’ouverture officielle des candidatures à la première promotion de doctorants de l’école doctorale sciences de la vie, de la santé, de la terre et de l’environnement (ED-SVSTE). Présentée comme une avancée majeure pour la recherche nationale, l’initiative suscite toutefois des réactions contrastées au sein de la communauté universitaire et sur les réseaux sociaux.


Selon le communiqué du département de la communication de l’UDC, cette école doctorale vise à « former des chercheurs hautement qualifiés capables de répondre aux enjeux scientifiques, sanitaires et environnementaux du pays ». Les titulaires d’un diplôme de master ou équivalent sont invités à déposer leur candidature avant le 20 février, sous réserve de satisfaire aux conditions académiques exigées, notamment la présentation d’un projet de recherche et l’appui d’un directeur de thèse. Pour plusieurs enseignants-chercheurs, l’ouverture de cette école doctorale répond à un besoin ancien. « Former des doctorants sur place, c’est aussi produire un savoir ancré dans nos réalités locales », estime Said Aboubacar, enseignant à la faculté des sciences, interrogé par La Gazette. Il rappelle que l’absence de formations doctorales poussait jusque-là de nombreux étudiants à s’expatrier, « au risque de ne jamais revenir ».

Un avis partagé par certains étudiants en master. « C’est une chance pour ceux qui n’ont pas les moyens de poursuivre leurs études à l’étranger », souligne Fatima Midiladji, diplômée en biologie. Elle nuance toutefois : « Encore faut-il que les conditions de recherche soient réellement réunies.» Sur les réseaux sociaux, l’annonce a néanmoins suscité de vives critiques. Plusieurs internautes estiment que les priorités de l’université devraient se concentrer sur les cycles inférieurs. « Avant de penser au doctorat, il faut régler les problèmes des licences et des masters, où certaines salles sont surchargées », commente un internaute sous le pseudonyme MA. D’autres dénoncent le manque de moyens matériels. « Comment faire de la recherche sans électricité stable, sans laboratoires équipés ni matériel scientifique de base ? », s’interroge PL. La question du financement revient également avec insistance, certains appelants à un soutien financier accru des étudiants.

Interrogé sur les critiques relayées sur les réseaux sociaux, le recteur de l’Université des Comores, Ibouroi Ali Tabibou, a indiqué qu’il ne souhaitait pas répondre aux commentaires diffusés sur Internet. Il a toutefois tenu à défendre une vision progressive du développement de la recherche universitaire. « La recherche ne se construit pas en un jour. Cette école doctorale est un point de départ, pas une finalité », a-t-il affirmé, soulignant que la mise en place de cette formation s’inscrit dans une démarche de long terme. Le recteur a également apporté des précisions sur la question du financement des doctorants. « Les premiers étudiants pourront, pour certains, bénéficier de bourses, notamment à travers des programmes existants mais qui sont en attente d’approbation», a-t-il expliqué, tout en précisant que tous les doctorants ne seront pas concernés. Selon lui, l’université s’emploie actuellement à mobiliser et convaincre ses partenaires nationaux.

Ibouroi Ali Tabibou a mis en avant la dimension internationale du projet doctoral. « La formation reposera sur un système de co-diplomation avec plusieurs universités partenaires, notamment l’Université de Turin en Italie, l’Université de La Réunion, ainsi que les universités malgaches d’Antananarivo, Toamasina et Majunga », a-t-il conclu. L’ouverture de l’ED-SVSTE met ainsi en lumière les tensions récurrentes de l’enseignement supérieur comorien, entre ambition académique, attentes sociales et réalités structurelles. Si le projet ouvre de nouvelles perspectives pour la recherche nationale, il rappelle aussi la nécessité d’un renforcement global du système universitaire pour en garantir la crédibilité et la pérennité.

Mohamed Ali Nasra

 

 


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