Contrôleur financier chez Mvola, Saïd Hachim Ziad cultive depuis 2019 une autre passion : la transformation artisanale des fruits en confitures. Porté par une dynamique familiale, son projet valorise les productions locales, mais peine à prendre de l’ampleur face à la hausse du prix du sucre, au manque de main-d’œuvre qualifiée et à des habitudes de consommation encore peu favorables au made in Comores.
À Moroni, les produits importés occupent une place importante dans les rayons, tandis que les initiatives locales de transformation agroalimentaire peinent à se développer. Entre approvisionnement irrégulier, coûts de production élevés et difficultés à fidéliser une clientèle tout au long de l’année, les petits entrepreneurs doivent composer avec un environnement exigeant. Saïd Hachim Ziad en fait l’expérience depuis le lancement de son activité de confiture artisanale, en 2019. Contrôleur financier chez Mvola, Saïd Hachim Ziad, diplômé en mathématiques appliquées, mène en parallèle un projet familial de transformation artisanale des fruits, avec le soutien des femmes de son entourage. Derrière les bocaux, l’organisation repose en effet sur la solidarité familiale. « Ma femme et ma sœur me soutiennent dans cette aventure. Yousrat Youssouf a été la première à me tenir la main en 2019, mais elle est partie en France », explique-t-il.
Pour lui, la confiture n’est pas un métier, mais une passion qu’il souhaite convertir en activité génératrice d’emplois. « La transformation des fruits n’est pas mon métier, mais une passion que j’ai voulu développer en une solution de création d’emplois. Il m’a fallu trois mois pour poser les bases du projet. Mais depuis, hélas, il est très difficile de le faire grandir, faute de main-d’œuvre qualifiée, mais surtout de personnes qui partagent cette passion », confie-t-il. Sa passion pour la confiture remonte à l’enfance, lorsqu’il rapportait des framboises à sa mère, pâtissière, qui les transformait en différentes préparations. C’est en découvrant ses confitures qu’il a eu l’idée de se lancer. « Tout commence par des sorties aux champs, quand mon frère et moi partions chasser. Moi, j’étais plutôt là à faire des tours et à vagabonder, en attendant. À chaque fois, je ramenais des framboises à ma mère. Puis, un jour, elle en a fait de la confiture, une préparation qui n’avait rien à envier à celles du marché. C’est là qu’a germé l’idée », raconte-t-il.
Lancée en 2019, son activité séduit progressivement une clientèle. Il s’approvisionne auprès de productrices et cultive lui-même certains fruits, notamment les papayes et les ananas. « Quand j’ai lancé l’activité, c’était pour tester. Puis j’ai trouvé une clientèle qui m’a fait confiance et qui a adhéré à l’idée. Nous achetons les fruits avec les mamans, et nous en produisons aussi une partie nous-mêmes, notamment les papayes et les ananas », précise-t-il. Initialement soutenue par les hôtels et les épiceries, son activité est aujourd’hui fragilisée par la hausse des coûts de production. « Le prix du sucre a doublé, alors qu’il représente entre 50 et 60% du coût du produit. Nous avons pourtant voulu maintenir nos prix face à la concurrence des produits importés. Aujourd’hui, notre marge est quasiment inexistante », explique-t-il.
À cette contrainte s’ajoute la saisonnalité des ventes. Les périodes de mariage, de juillet à septembre et de décembre à février, correspondent aussi aux séjours de nombreux Comoriens de la diaspora. Les confitures sont alors achetées pour être offertes ou emportées à l’étranger. Le reste de l’année, la demande retombe. « Pendant les périodes de mariage, lorsque nos frères de la diaspora sont là, ils achètent nos produits pour les offrir à leur retour en France. Mais le reste de l’année, c’est beaucoup plus creux », souligne-t-il. « Le plus difficile, c’est l’éducation, en tout cas pour les confitures. Ce n’est pas un produit qui fait partie des habitudes des Comoriens. Et pour ceux qui en consomment, le prix est une équation importante. Ce n’est pas simple de vendre le made in Comores », regrette-t-il.
Malgré ces obstacles, l’activité poursuit son chemin. Ses confitures sont notamment disponibles au camion-magasin situé devant l’AFG Banque, à Moroni, à Iroungoudjani ainsi qu’à l’hôtel Océan Voyage. Elles ont même traversé les frontières jusqu’à Marseille, où elles ont reçu des retours encourageants de la part de restaurateurs. L’équipe compte aujourd’hui cinq personnes, dont une actuellement en France. Si l’activité ne lui procure pas encore les revenus espérés, Saïd Hachim Ziad continue de la faire vivre en parallèle de son emploi.
El-Aniou Fatima
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