Le chômage des jeunes constitue un fléau alarmant dans le pays. Consciente de cette réalité, la nouvelle génération refuse de croiser les bras. Entre marché saturé et un système public incapable d’embaucher tous les diplômés, de nombreux jeunes préfèrent se tourner vers l’entrepreneuriat. Par nécessité d’abord, mais aussi par conviction.
Nassuria Said Hassani fait partie de ces visages qui incarnent cette jeunesse déterminée. Alors qu’elle s’apprêtait quitter les bancs avec une licence en gestion des entreprises et des administrations à l’IUT, elle a fondé Naskara, une entreprise spécialisée dans la fabrication d’huiles naturelles. « Je me suis lancée avant même d’obtenir ma licence », confie-t-elle. « Le marché du travail est saturé et les recrutements dans le secteur public dépendent souvent de relations. J’ai préféré créer ma propre activité pour ne pas rester dans l’attente et pour valoriser les produits locaux. » Même ambition chez Maissara Mohamed Mhoutar, diplômée en Lettres modernes françaises à l’Université de Mvouni et fondatrice de Maissa Events, une entreprise d’événementiel. « Ce qui m’a motivée, c’est mon envie d’être indépendante, mais aussi la peur du chômage. Beaucoup de diplômés autour de moi restaient sans emploi. Alors je me suis dit qu’il valait mieux créer quelque chose moi-même plutôt que d’attendre », explique-t-elle. Avant d’ajouter : « Je voulais travailler à mon rythme, exprimer ma créativité et exercer un métier qui me ressemble. »
Ces initiatives déterminent un changement profond de mentalité. L’entrepreneuriat considéré par beaucoup comme un moyen de survie, est désormais devenu une façon de s’affirmer et de contribuer au développement économique du pays. À cette vague d’entrepreneurs s’ajoute le parcours impressionnant d’Adinane Mchangama, fondateur d’Adikom Technology & Travel. Aussi titulaire d’une licence en Sciences de l’environnement à l’Université des Comores, il découvre très tôt sa passion pour l’informatique. « L’informatique est une passion. J’ai commencé à entreprendre dès le lycée », raconte-t-il. Après plusieurs stages, notamment au service Environnement du port de Moroni et au CEFADR, il décide de se consacrer entièrement à son entreprise. « Je me suis senti exploité pendant mes stages, alors j’ai pris la décision de me concentrer sur mon projet. Mon cyber a commencé dans une chambre en tôles à Magoudjou. Aujourd’hui, Adikom est installé à Matelec, avec un bâtiment complet. » Son entreprise propose une large gamme de services : informatique, billetterie, location et vente de véhicules, production de documents, location de box de travail et de salles de conférence. « Je n’ai pas étudié l’informatique au départ, mais je me forme en ligne. Mon parcours prouve qu’avec de la volonté, on peut apprendre et bâtir quelque chose de durable », ajoute-t-il avec fierté.
De son côté, le président de l’Union des Chambres de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture (UCCIA), Chamsoudine Ahmed, confirme cette tendance. « Nous observons une importante dynamique entrepreneuriale chez les jeunes. Le secteur public et les entreprises privées n’offrent plus assez d’emplois, alors beaucoup décident de devenir acteurs de leur propre avenir. Mais au-delà de la contrainte, il y a une vraie envie d’innover et de contribuer au développement du pays. » Le manque de financement reste toutefois un frein majeur. « De nombreux jeunes ont des idées prometteuses mais manquent de capital de départ ou de garanties bancaires. Le manque de formation en gestion ou en marketing freine aussi leur progression », souligne-t-il. Pour y remédier, l’UCCIA a mis en place des incubateurs et des programmes de formation dédiés à la création et à la gestion d’entreprise. Elle collabore également avec des partenaires internationaux tels que la COI, l’AFD ou la BAD, afin de mobiliser des fonds et renforcer l’accompagnement des jeunes porteurs de projets.
« L’entrepreneuriat peut devenir une solution durable au chômage des jeunes », insiste le président. « Il ne s’agit pas seulement de créer son emploi, mais de générer de la richesse, de valoriser nos ressources locales et de stimuler l’économie nationale. » Des secteurs comme l’agro-transformation, le tourisme durable, le numérique ou encore les énergies renouvelables offrent aujourd’hui des perspectives prometteuses. Mais pour pérenniser cette dynamique, il faut encore améliorer le climat des affaires, simplifier les démarches administratives et promouvoir la culture entrepreneuriale dès l’école.
Mohamed Ali Nasra
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