Plus de quatre mois après sa prise de fonction à la tête du ministère des Finances, le ministre Moussa Abderemane s’est présenté comme l’homme de la rigueur budgétaire. Ancien secrétaire général du ministère des Finances, diplomate et juriste de formation, il avait affiché l’ambition de réduire les dépenses de l’État dans un contexte économique difficile. La crise internationale liée à la guerre au Moyen-Orient lui a d’ailleurs offert un terrain favorable pour justifier plusieurs mesures d’austérité.
Au départ, certaines décisions ont été saluées. La suppression des frais de transit accordés lors des missions officielles a été perçue comme une tentative de mettre fin à certains privilèges jugés excessifs. Beaucoup y voyaient une réelle volonté d’assainir les finances publiques et d’imposer davantage de discipline dans la gestion de l’argent public. Mais au fil des mois, un autre visage de cette politique commence à susciter des interrogations. Plusieurs observateurs fustigent aujourd’hui une gestion à géométrie variable. Car certains dossiers seraient bloqués lorsqu’ils ne servent pas les intérêts du cabinet, tandis que d’autres bénéficieraient d’autorisations rapides et privilégiées.
La polémique la plus récente concerne l’achat de trois véhicules neufs destinés au directeur de cabinet, au directeur des réformes et au conseiller chargé des affaires financières, ainsi que l’acquisition de nouveaux fauteuils et équipements pour les bureaux du ministre et de son directeur de cabinet. Selon plusieurs sources, ces dépenses représenteraient près de 50 millions fc. Une somme qui choque lorsqu’on sait que les précédents conseillers du ministère utilisaient leurs propres véhicules sans bénéficier de voitures de fonction. Une situation qui alimente les frustrations au sein de l’administration publique. Alors que des agents ont été remerciés ou soumis à des restrictions, le train de vie du cabinet semble, lui, peu affecté par les mesures d’austérité imposées au reste du personnel. Le contraste devient difficile à ignorer. D’un côté, le ministère appelle à limiter les dépenses et consentir des sacrifices au nom de l’intérêt national. De l’autre, des dépenses considérées comme non prioritaires continuent d’être engagées au sommet de l’institution.
Plusieurs témoignages rappellent qu’aucun directeur de cabinet ni conseiller dans les autres ministères ne bénéficie officiellement de véhicules de fonction. Pourquoi alors le ministère des Finances serait-il l’exception ? La question devient encore plus sensible lorsqu’on évoque le véhicule utilisé par l’ancien directeur de cabinet, dont la situation reste floue. Au-delà des voitures, c’est surtout l’image d’un double discours qui dérange. Une politique de rigueur ne peut être crédible que si les sacrifices sont partagés par tous, y compris par ceux qui dirigent. Réduire certaines dépenses tout en tolérant d’autres avantages au profit du cercle proche du pouvoir risque d’affaiblir la confiance des citoyens et des agents publics.
Il faut souligner que cette pratique semble être devenue une mauvaise habitude dans de nombreuses institutions publiques. À chaque nomination d’un nouveau ministre, il faut non seulement constituer un nouveau cabinet, mais aussi renouveler le parc automobile et procéder à diverses acquisitions qui ne paraissent pas toujours indispensables. Ces dépenses n’apportent souvent aucune amélioration tangible au fonctionnement de l’administration et sont perçues comme une utilisation discutable des ressources publiques.
Cette situation ne se limite pas au ministère des Finances. Elle se retrouve dans plusieurs ministères et sociétés d’État. Ce qui étonne davantage aujourd’hui, c’est le décalage entre le discours officiel du gouvernement, qui met en avant des difficultés budgétaires au point d’envisager une augmentation des prix du carburant, et certaines pratiques observées au sein des administrations publiques. Le cas du ministère des Finances apparaît ainsi comme une illustration particulièrement marquante de cette contradiction.
Nassuf Ben Amad
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