À travers un nouvel arrêté, daté du 20 avril 2026, les autorités affichent leur volonté de lutter contre les absences et retards injustifiés dans la fonction publique. Le texte prévoit des retenues sur salaire proportionnelles au temps non travaillé, avec un délai de 72 heures laissé aux agents pour se justifier.
Une décision saluée par certains comme une avancée vers plus de rigueur. « Il fallait mettre de l’ordre. On ne peut pas continuer comme ça », estime Saïd Soulouhou, un cadre administratif. Mais derrière cette volonté de discipline, une autre réalité émerge dans les services publics. « On est présents, mais parfois sans travail concret », confie un agent répondant au nom de Mouslim Mousanbou. « On arrive le matin sans consignes claires. On passe la journée à attendre qu’on nous donne quelque chose à faire, et souvent rien ne vient. » Dans plusieurs bureaux, le quotidien s’organise alors autrement. Discussions prolongées entre collègues, activités personnelles improvisées. « Il y en a qui cousent, d’autres qui font passer le temps comme ils peuvent », raconte Salmata Houssein, une employée de mairie. « Ce n’est pas par manque de volonté, mais parce qu’il n’y a pas de tâches définies. »
Certaines scènes illustrent ce malaise : des enfants ramenés après l’école et installés dans les bureaux jusqu’à la fin de la journée, faute d’alternative. « À midi, je récupère mon enfant et je reste avec lui ici jusqu’à 17h. De toute façon, je n’ai rien de précis à faire », explique Hadidja Karim, agent du ministère des finances. Face à ce vide organisationnel, d’autres agents font un choix différent. « Quand il n’y a rien à faire, certains préfèrent rentrer plus tôt », admet le fonctionnaire Salim Moussa. Une pratique désormais risquée, car elle peut être assimilée à une absence injustifiée au regard du nouvel arrêté. Un autre agent de la douane résume le dilemme : « Comment voulez-vous qu’on reste motivés toute la journée sans missions claires ? Est-ce qu’on peut vraiment parler d’absentéisme quand le travail lui-même n’est pas organisé ? »
Pour plusieurs observateurs, la question dépasse donc la simple présence physique. « Sanctionner, c’est une chose. Mais encore faut-il donner du contenu au travail », souligne un responsable du ministère de la justice. Le nouvel arrêté pourrait ainsi produire des effets limités s’il n’est pas accompagné d’une vraie réforme administrative. Organisation des services, répartition des tâches, suivi des agents : autant de chantiers essentiels pour améliorer réellement la performance du service public. Car au-delà des retenues sur salaire, c’est bien la question du sens et de l’efficacité du travail dans la fonction publique qui est posée.
Mohamed Ali Nasra
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