Entre économies et émotions, les pèlerins venus de Mayotte choisissent Moroni comme point de départ pour le Hadj. Parmi les 850 Comoriens officiellement inscrits au Hadj cette année, 123 viennent de Mayotte, soit près de 14% du contingent national. Un chiffre révélateur d’un phénomène plus profond : la volonté de nombreux fidèles de vivre cette expérience spirituelle en renouant avec leurs racines, malgré les réalités géopolitiques complexes.
Pour Abdou Mnémoi, 60 ans, originaire de Kourani Yassine à Mayotte, ce pèlerinage représente bien plus qu’un simple voyage : « C’est un rêve que je nourris depuis l’enfance. Le Hadj est une obligation religieuse que je suis enfin en mesure d’accomplir. Je me sens béni », confie-t-il, les yeux brillants d’émotion. Comme lui, de nombreux fidèles vivant à Mayotte ou en France métropolitaine font le choix de transiter par Moroni. Une décision motivée à la fois par des considérations économiques, mais aussi par un fort attachement culturel et familial. Youssouf Mmadi, 53 ans, originaire de Gnoumamilima (Mbadjini) et installé en France, explique ce choix avec simplicité : « Partir de Moroni coûte moins cher. Et c’est aussi l’occasion de passer du temps avec ma famille avant de vivre ce moment unique. »
En moyenne, passer par les Comores permet de réduire le coût du voyage d’environ un tiers, tout en offrant aux pèlerins un cadre plus familier et chaleureux avant de s’envoler vers l’Arabie Saoudite. Pour Djoumoi Mmadi, 65 ans, résident à Mayotte depuis 15 ans, ce passage par Moroni est aussi un acte symbolique « Nous sommes peut-être dispersés géographiquement, mais nous restons unis spirituellement. » Cette présence de la diaspora au sein du contingent comorien est saluée par les autorités. Le directeur général de l’Agence Nationale du Hadj et de la Oumra, Mohamed Elfatih, se réjouit de cette participation active : « C’est une richesse pour notre pays de voir ses enfants revenir, même pour quelques semaines, animés par une telle ferveur religieuse. »
Pour beaucoup, le pèlerinage est aussi l’occasion de renouer avec leurs proches : « J’en profite pour revoir mes parents, mes cousins... Ce sont des retrouvailles précieuses avant le grand départ », témoigne encore Youssouf Mmadi. Au moment du départ, un sentiment commun unit tous ces pèlerins, venus de Mayotte, de la France ou des autres îles : la paix intérieure. « Le Hadj est l’affaire de l’âme », résume Abdou Mnémoi. « Et ici, elle est en paix. » À travers ce projet spirituel partagé, les Comoriens montrent que la foi peut être un puissant trait d’union, capable de dépasser les distances, les frontières et les statuts.
Ibnou M. Abdou, depuis à la Mecque
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