Pour ce quatrième jour de grève, La Gazette des Comores a choisi de donner la parole à l’opinion publique afin de permettre aux citoyens de s’exprimer sur la situation que traverse actuellement le pays, liée à la hausse du prix du carburant. Une chose semble claire, tout le monde n’est pas d’accord avec cet ajustement des prix décidé par le gouvernement.
La présidente de la Fédération des consommateurs, Nasra Mohamed Issa, estime que les mesures ont été prises dans la précipitation et que toutes les parties prenantes ont été mises devant le fait accompli. « On nous a convoqués à une réunion pour nous annoncer que le gouvernement allait augmenter les prix du carburant. Nous, les consommateurs, avons demandé à combien s’élèverait cet ajustement. On nous a répondu que les propositions étaient déjà faites et qu’il fallait attendre la déclaration du président, sans donner le moindre indice sur les prix. Le lendemain, le président s’est adressé à la nation pour annoncer l’augmentation du prix du carburant, précisant que les détails seraient communiqués dans les jours suivants par un arrêté des ministres concernés », a-t-elle expliqué.
Elle poursuit, « Je trouve que toutes les parties prenantes ont été mises devant le fait accompli. Avant de prendre des mesures drastiques qui vont impacter la population, il fallait recueillir notre avis et se concerter ensemble. Nous avions aussi des propositions afin d’éviter une telle situation. Aujourd’hui, le gouvernement parle de mesures d’accompagnement, mais ces mesures vont favoriser qui exactement ? Tout le monde ne vit pas dans les mêmes conditions. Avec cette hausse, la vie va devenir encore plus difficile et la population va davantage souffrir. Je pense que le gouvernement doit réfléchir et revenir sur sa décision. Il doit comprendre que ces mesures ont peut-être été prises à la hâte. Il n’est pas trop tard pour bien faire, surtout lorsqu’il s’agit de la population ».
De son côté, le président du parti USHE, Dr Rafsandjani Mohamed, exige le retrait immédiat des arrêtés conjoints ayant entériné la hausse des prix du carburant et des transports. Il estime qu’il s’agit d’une situation dramatique, révélatrice d’un gouvernement habitué à l’approximation et aux intérêts particuliers. « Cette crise était prévisible. Le parti USHE avait, dès le 7 avril dernier, tiré la sonnette d’alarme et proposé des mesures d’urgence à mettre en œuvre pour anticiper l’inflation et protéger les Comoriens. Mais ceux qui gouvernent ont choisi la facilité en augmentant les prix du carburant parce qu’en réalité, au-delà de la conjoncture internationale, c’était l’occasion rêvée de concrétiser le plan de renflouement financier de la SCH et des caisses de l’État, au regard des prévisions de déficit de la loi de finances 2026 », a-t-il martelé. « Ce sont des calculs froids et opaques effectués au détriment du quotidien déjà difficile des Comoriens, avec des mesures d’accompagnement qui ne sont en réalité qu’une posture de communication destinée à faire avaler la pilule », a-t-il ajouté.
Le président du parti USHE soutient également la grève illimitée déclenchée par les différents syndicats et se réjouit que la population ainsi que les acteurs sociaux ne soient pas dupes. «Nous soutenons les mouvements de grève engagés par les différents syndicats et groupements économiques dans la préservation de l’intérêt général. Nous exigeons le retrait immédiat des arrêtés conjoints ayant entériné cette hausse des prix du carburant et des transports. Il existe d’autres solutions, comme agir sur les taxes appliquées au carburant ou encore augmenter les revenus des ménages les plus modestes, notamment par le renoncement des membres du gouvernement et des directeurs généraux à leurs privilèges coûteux pour la République », a-t-il déclaré.
Quant au président du parti Swauti, Housni Mohamed Abdou, il estime que la véritable question aujourd’hui est de savoir si tout ce qui dépendait du gouvernement et des responsables du secteur des hydrocarbures a réellement été entrepris afin d’anticiper, d’amortir et de mieux gérer cette crise avant d’imposer aux citoyens une hausse brutale des prix à la pompe. Le parti Swauti considère que les réponses apportées jusqu’ici par les autorités demeurent insuffisantes au regard des inquiétudes exprimées par la population.
Il précise que la conférence de presse gouvernementale du 13 mai n’a pas permis d’éclairer de manière satisfaisante l’opinion publique sur les véritables coûts d’approvisionnement, les mécanismes de fixation des prix, les marges de manœuvre budgétaires de l’État, les efforts consentis par les institutions publiques ainsi que les perspectives de gestion de cette crise dans les prochains mois. Il a exigé également la suspension des nouveaux tarifs appliqués aux produits pétroliers et l'ouverture immédiate d'un dialogue élargi entre le gouvernement, les organisations professionnelles, les syndicats, les opérateurs économiques et les forces politiques.
Nassuf Ben Amad
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