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Histoire: Bichioni, entre histoire, légende et fraîcheur

Histoire:   Bichioni, entre histoire, légende et fraîcheur © : HZK-LGDC

Au centre de la ville d’Iconi, entre la mer au nord et la grande mosquée du vendredi à l’est, s’étend Bichioni, une piscine naturelle emblématique. Véritable havre de paix, ce lieu de baignade allie sécurité, sérénité et fraîcheur, et offre aux habitants un espace de détente unique en son genre. Chaque matin et chaque soir, les citoyens d’Iconi, rejoints par ceux des localités voisines, s’y retrouvent pour savourer un moment de baignade joyeux et rafraîchissant. Enfants, adultes, hommes et femmes y ont accès, faisant de Bichioni un espace de partage intergénérationnel ouvert à tous.


Bichioni est bien plus qu’un simple bassin naturel. C’est un lieu chargé d’histoire et de légendes. Son eau, à la fois pure, douce et légèrement saumâtre, peut parfois monter jusqu’à recouvrir les chemins piétons alentour. L’atmosphère qui y règne est paisible et conviviale, imprégnée de traditions anciennes transmises de génération en génération. Selon le récit d’Abdillah Saïd, ancien Consul aux Émirats arabes unis, les origines du nom « Bichioni » remontent à plusieurs siècles.

 

À cette époque, les femmes d’Iconi fabriquaient des matelas à partir de tiges de cocotier, appelées en shikomori mapvindo. Ce travail minutieux consistait à extraire les nervures du rachis du cocotier, kulimba en shikomori, une tâche connue sous le nom de ngari bichiyawu. Une fois extraites, ces tiges étaient longuement trempées dans l’eau de mer, puis battues et étalées au soleil afin de servir à la confection des matelas. Ce travail délicat et exigeant portait le nom de bichiyo. Les femmes réalisaient une partie de cette activité directement dans la piscine naturelle, répétant « ngari bichiyawo » en plein labeur. De cette pratique est né, selon la tradition orale, le nom Bichioni.

 

Autrefois, la piscine était directement reliée à la mer. À une période dont la date exacte demeure inconnue, les habitants d’Iconi ont accompli un travail remarquable en séparant la piscine de l’océan, transformant durablement Bichioni en un espace de baignade sécurisé pour tous les âges. Aujourd’hui encore, les enfants y trouvent leur bonheur, glissant sur l’eau avec leurs petits kayaks improvisés. La piscine est alimentée par un canal qui laisse entrer l’eau de mer, mais aussi par des apports provenant des quatre points cardinaux. Bichioni est également un lieu de vie : on y partage des rires, des discussions animées, des récits nocturnes et des instants de complicité entre amis, enfants et adultes.

 

Trois accès distincts permettent d’organiser la baignade : l’un réservé aux garçons, un autre aux filles et aux mères, et un troisième aux hommes adultes, chacun étant suffisamment éloigné pour préserver l’intimité de tous. De jour comme de nuit, la baignade y est agréable ; des lumières éclairent même le bassin lorsque la lune se fait discrète. Sur le plan historique et symbolique, Bichioni occupait une place centrale dans la vie de la cité. « Les guerriers d’Iconi s’y baignaient avant et après les batailles, une coutume censée leur assurer protection et victoire », raconte Abdillah Saïd. De même, les nouveau-nés recevaient un bain dans cette eau, perçue comme une source de force, de sagesse et de bien-être. Aujourd’hui encore, Bichioni demeure bien plus qu’une piscine naturelle. C’est un lieu de mémoire, un espace de vie et un trésor historique et culturel, précieux et sacré, que la communauté d’Iconi se doit de préserver pour les générations futures.

El-Aniou Fatima (stagiaire)


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