La Gazette

des Comores

Interdiction des monomoteurs : L’Anacm accusée d’avoir mis la charrue avant les bœufs

Interdiction des monomoteurs :   L’Anacm accusée d’avoir mis la charrue avant les bœufs © : HZK-LGDC

Bien que son monomoteur soit épargné par la décision de l’aviation civile, le directeur général d’Int’Air Iles Seffoudine Inzoudine se paie le luxe d’une tribune sanglante pour s’en prendre aussi bien aux autorités de l’aviation civile qu’à la commission chargée de mener l’enquête sur le crash d’AB Aviation survenu le 26 février au large des côtes de Mohéli avec 14 personnes à bord.


Son avion monomoteur peut continuer à voler mais impossible pour lui d’avaler sa langue comme si de rien n’était. Dans une tribune publiée le week-end dernier, le directeur général de la compagnie aérienne de droit comorien s’en est vertement pris à l’Anacm qui, dans une décision la semaine dernière, a interdit l’exploitation commerciale avec passagers les avions de type monomoteur. Une décision intervenue alors que le 26 février un avion du même type exploité par AB Aviation s’est abimé en mer, à Mohéli, avec 14 personnes à bord : deux membres d’équipage de nationalité tanzanienne et 12 passagers de nationalité comorienne (dont deux détiennent également la nationalité française).

 

Connu pour son franc-parler, M. Inzoudine s’en prend dans un premier temps à l’enquêteur principal qu’il accuse d’être à l’origine de cette décision. Jean-Marc Heintz, puisqu’il s’agit de lui, ne fait pas bonne presse dans le secteur aérien. En 2017, il s’en était impitoyablement pris à la compagnie AB Aviation, dont il avait cloué au sol les avions pendant une dizaine de mois. Cet épisode a fait de lui la bête noire des opérateurs aériens, surtout depuis qu’ils ont découvert que celui qui était censé jouer un rôle de régulateur avait des intérêts dans une autre compagnie aérienne, Air Ylang, qui a vu le jour en pleine crise AB Aviation. Il était le directeur technique par excellence de cette compagnie qui aura franchi le noir passage moins de deux mois après sa naissance.

 

Dans sa tribune, le patron d’Int’Air Iles, l’enquêteur principal dont il est ici question ne répond « pas » à certaines exigences de l’OACI, l’aviation civile internationale, dont la principale « est d’avoir suivi le cours d’enquêteur accidents d’aéronefs et obtenu le diplôme sanctionnant ce dernier ». « Ce qui n’est pas le cas pour ce pilote retraité d’office il y a une dizaine d’années, et sans aucune formation en accident d’aéronefs », constate non sans étonnement M. Inzoudine. Il poursuit : « On peut, à juste titre, s’interroger sur les qualifications dont dispose Monsieur Jean Marc Heintz et ainsi sur sa capacité à mener à bien cette enquête afin d’adopter les mesures nécessaires pour que de tels événements puissent être évités à l’avenir ».

 

Quant à l’interdiction aux compagnies de se doter de monomoteurs, Seffoudine Inzoudine ne cache pas sa déception alors que l’épave de l’avion n’a pas encore été retrouvée pour permettre aux enquêteurs de mener à bien leurs missions : « En  terme clair, il veut nous faire comprendre que l’enquête est terminée et que la mesure à prendre pour éviter d’autres accidents avec des causes similaires est d’interdire les monomoteurs. Cette décision ne respecte pas les recommandations de l’OACI et risque d’éveiller une éventuelle black-liste de l’aviation civile comorienne (…). Bien que la panne moteur reste à prouver, rien ne saurait justifier l’argument avancé défendant que la panne moteur serait l’unique cause à l’origine de ce tragique accident… Comment peut-on conclure à une défaillance du moteur lors de l’accident du 26 février alors que l’on est incapable de produire l’épave de l’avion. Sans cette épave, aucune enquête ne peut être diligentée et donc aucune recommandation de sécurité ne peut être publiée », tonne celui qui n’est pas sans savoir que cette décision est une mauvaise publicité à son monomoteur.

 

Andjouza Abouheir

 


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