La Gazette

des Comores

Interview / Loïc Hervouet, journaliste et formateur « La valeur la plus importante, c’est qu’on est journaliste »

Interview / Loïc Hervouet, journaliste et formateur  « La valeur la plus importante, c’est qu’on est journaliste » © : HZK-LGDC

Journaliste, formateur, Vice-président à Actions Médias Francophones, chargé de mission de l’UPF Internationale et Madagascar puis auteur, Loïc Hervouet a été aux Comores du 28 janvier dernier au 2 février. L’occasion pour cet ancien médiateur de RFI de former de jeunes journalistes comoriens. Répondant à nos questions, ce dernier précise que l’objectif est de professionnaliser le métier en formant ceux qui l’exercent pour qu’ils détiennent les bonnes bases.


Question : Vous êtes à votre troisième passage aux Comores en tant que formateur, quel est votre sentiment par rapport à toutes ces visites ?

Loïc Hervouet : Ce qui est trop intéressant, ce qu’on a mis en scène une nouvelle génération de journalistes, des gens qui ont commencé dans les médias sans avoir eu forcement une formation journalistique ailleurs. Ce qui est tout à fait impressionnant ! Ce sont des gens qui ont déjà la passion du journalisme mais qui n’en ont pas toutes les codes, toutes les clés et qui ont à apprendre des choses fortes sur l’éthique du métier, sur la façon de le mener, sur la façon de se défendre et de faire respecter cette profession. Plus que jamais, le journalisme a besoin d’être fait par des professionnels responsable mais pas seulement par des amateurs sur Facebook bien que celui-ci est un formidable média qui peut servir à tas de choses mais ça peut aussi donner lieu à l’expression des gens qui n’ont aucun sens de la responsabilité. Sur un cycle de 6 modules en une vingtaine de journées étalées sur un an, les 45 jeunes journalistes des trois îles vont bénéficier de ce passeport vers le journalisme qui va leur ouvrir directement la voie vers la carte professionnelle délivrée par le CNPA. 

Question : Quel a été l’objectif de cette formation ?

L.H : Alors pour celle que je refaisais cette fois-ci, c’était une formation sur l’attitude journalistique et les problèmes éthiques. Donc on a essayé de regarder ensemble c’est quoi les qualités d’un bon journaliste, comment est-ce qu’un journaliste se comporte ? Différemment de quelqu’un qui voit quelque chose, le journaliste a des obligations de regarder toutes les sources, de les recouper, d’essayer d’être objectif autant qu’il est possible même si c’est impossible de l’être complètement mais d’essayer en tout cas d’être honnête. Et puis la diffusion de l’information qu’il va donner, elle répond à un certain nombre de critères à la fois déterminé par la loi mais aussi, quelques fois, déterminé par la morale, par l’éthique du métier qui a été construite par nos prédécesseurs. C’est ce qu’on a eu pendant cinq jours.

On a pris des cas particuliers, par exemple des problèmes très comoriens, du genre un ancien respectable ou un notable qu’on a du mal à contredire mais qui dit une contre vérité, comment faire en face de ça. Alors on a perçu une façon discrète de quand même laisser persévérer la vérité sans insulter tout en respectant les traditions, la sensibilité du public. On est toujours dans le journalisme, ou du moins souvent, dans des conflits de conscience, de valeur. Mais ce qu’on a essayé d’apprendre c’est que la valeur la plus importante c’est qu’on est journaliste c’est à dire une information juste et vraie pour le public.

Question : En votre qualité d’expert, quel est votre sentiment par rapport au journalisme comorien ?

L.H : Il est encore en pleine crise de croissance, c’est le moins qu’on puisse dire. Et notamment ce qui est important, il n’a pas encore atteint son équilibre économique. Les seuls qui arrivent à vivre sont ceux qui sont dans les médias d’Etat mais les autres c’est difficile. La presse aux Comores aujourd’hui, est en construction et j’espère qu’elle est en train de se regrouper par ce que c’est collectivement qu’on s’en sortira. Jamais un journal ne s’en sortira tout seul. 

Question : Vous avez parlé de la mise en place d’un observatoire de l’information, quelle sera sa principale mission ?

L.H : L’objectif d’un observatoire c’est de regarder au fond ce que font les médias. Il n’a pas le pouvoir d’une sanction mais un observatoire c’est quelque chose où il y’a des représentant du public et des professionnel. C’est un organisme qui accueille les plaintes du public. Cet organisme sert aussi à observer et à publier tous les ans un rapport pour évaluer et projeter sur ce qui est améliorer l’année d’après.

Question : Jusqu’où Africamedias compte-t-il accompagner la presse aux Comores ?

L.H : On voudrait bien l’accompagner le moins longtemps possible, c’est un paradoxe (rire…). Nous n’avons rien à vendre, donc ce n’est pas un problème. Là on est en train d’aider pour monter l’observatoire, mais si dans deux ou trois ans l’observatoire fonctionne tout seul, exclusivement animé par des comoriens alors bravo on continuera à s’échanger des choses, à discuter entre nous mais ça aurait été lancé. On va aussi aider à mettre en place le centre de formation des journalistes comoriens de formation permanente, à former les formateurs comoriens, à faire des programmes puis dans un ou deux ans les comoriens seront capables de faire les choses d’eux-mêmes. Nous, ce qu’on a vraiment dans le cœur, dans l’ADN d’Africamedias, c’est d’aider les confrères à mettre en place des choses utiles pour qu’après ils soient capables de les gérer eux-mêmes, sans ingérence. C’est de la confraternité pas du colonialisme.

Propos recueillis par A.O Yazid

 

 


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