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Interview : Colonel Soilihi Abdallah Rafik : « Les Comores s’imposent comme acteur régional clé »

Interview :  Colonel Soilihi Abdallah Rafik :  « Les Comores s’imposent comme acteur régional clé » © : HZK-LGDC

Face à l’urgence climatique, l’Union des Comores accélère sa mutation. Entre participation stratégique au programme REPAIR et renforcement de l’assurance souveraine, le pays structure sa réponse aux catastrophes. Rencontre pour faire le point sur les avancées et les défis de cette stratégie nationale, le colonel Soilihi Abdallah Rafik nous éclaire. Interview.


Question : Que retenir de cette conférence et quelles retombées concrètes attendez-vous pour les Comores ?

 

Colonel Soilihi Abdallah Rafik : Cette conférence a été un tournant. Elle a consolidé la position des Comores comme acteur engagé dans les mécanismes africains innovants, notamment l’assurance paramétrique. Concrètement, nous en attendons trois bénéfices majeurs. D'abord, un accès facilité aux ressources immédiates après un choc (cyclone, inondation), ce qui réduira notre dépendance à l’aide d’urgence internationale, souvent trop tardive. Ensuite, un appui technique crucial pour structurer notre stratégie nationale d’assurance souveraine. Enfin, la reconnaissance des Comores comme « pays pilote insulaire ». Comme le défend le Président Azali Assoumani, nos spécificités d'État insulaire nécessitent des instruments financiers sur mesure pour faire face aux submersions marines ou aux crises hydrométéorologiques.

 

Question : Justement, quel bilan tirez-vous de l’implication du pays dans le programme REPAIR ? Ces avancées sont-elles déjà visibles sur le terrain ?

 A.S.R : Le bilan est très positif. Le programme REPAIR nous a permis de structurer un cadre national intégrant prévention, préparation et transfert du risque. Nos institutions, notamment la Direction Générale de la Sécurité Civile (DGSC), ont vu leurs capacités renforcées par des outils d’analyse et de planification financière. Sur le terrain, cela se traduit par une meilleure anticipation : les délais entre l’impact d’un événement et la mobilisation des fonds se raccourcissent. On observe aussi une coordination inédite entre la sécurité civile, les finances et la météo. Je tiens d'ailleurs à souligner que la présidence du comité de gestion du fonds d’urgence régional a été confiée aux Comores. C’est une reconnaissance claire de la vision portée par le Président Azali, qui a permis à la DGSC de s’imposer comme un leader africain sur ces questions.

 

Question : Malgré ces progrès, quels sont les efforts prioritaires à fournir pour rendre la réponse aux urgences encore plus efficace ?

 A.S.R : Le travail doit se poursuivre sur cinq axes prioritaires à court terme : l'intégration d'un système d'alerte précoce plus performant, la création d'un centre national de coordination opérationnelle, et surtout le renforcement des capacités logistiques sur chaque île. Nous devons également accentuer la formation spécialisée des secours et garantir un mécanisme de financement ultra-rapide des premières interventions. La pleine réussite dépendra aussi de la consolidation de nos données nationales sur les risques et d'un alignement budgétaire rigoureux.

 

Question : En toute franchise, les Comores sont-elles aujourd'hui prêtes à affronter une catastrophe climatique majeure ?

 A.S.R : Nous sommes nettement mieux préparés qu'hier, mais soyons lucides : nous ne le sommes pas encore assez pour faire face, seuls, à un événement de très grande ampleur. Si la gouvernance et l'alerte précoce ont progressé, notre forte exposition et certaines fragilités structurelles demeurent. L’enjeu aujourd'hui n’est plus de poser les bases, mais d’accélérer la montée en puissance de nos capacités nationales et locales pour atteindre des conditions de réponse optimales.

 

Propos recueillis par Hamdi Abdillahi Rahilie

 


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