Décontractée, l’ambassadrice de France en Union des Comores, Jacqueline Bassa-Mazzoni nous reçoit dans son bureau. La diplomate nous donne la position de la France, pays hôte de la conférence des partenaires pour le développement des Comores. Elle affirme que la volonté de son pays est d’attirer le plus de partenaires possibles en faveur du développement des Îles de la Lune et au bénéfice du peuple comorien. Interview. Question : Paris accueille les 2 et 3 décembre la conférence des partenaires pour les Comores. Pourquoi la France s’est-elle engagée derrière la partie comorienne dans cette initiative ?
Jacqueline Bassa-Mazzoni : Il y a eu la visite du Président Azali en France en juillet 2019 et c’est à cette occasion-là qu’a été signé le document cadre de partenariat (DCP) qui renouvelle le partenariat avec les Comores, avec une nouvelle dynamique. Et, à cette occasion, le Président Macron a accepté de parrainer la conférence des bailleurs. La France s’apprête à contribuer au projet de développement des Comores à hauteur de 150 millions d’euros sur trois ans, ce qui lui donnait une certaine légitimité à être le pays-hôte. Elle souhaitait aussi, par ce geste, encourager les autres partenaires – bailleurs et secteur privé – à faire de même. C’est une conférence soutenue aussi par la Banque Mondiale ainsi que par le PNUD. Il faut également rappeler que la contribution de la France à travers le PDFC a été multipliée par 10 par rapport aux années précédentes.
Question : Le Président Macron s’est-il porté volontaire à accompagner cette conférence…
J.B-M. : Le président Macron a accepté à la demande du Président Azali. Les bailleurs et le secteur privé ont été sollicités pour contribuer à aider les Comores à sortir des difficultés et l’accompagner sur la voie du développement et renforcer le bien être de sa population dans les trois îles. La France, avec des partenaires comme la Banque mondiale et le Pnud, se place dans cette logique. Les Comores ont vraiment besoin de partenaires pour les accompagner, accompagner les projets qui peuvent aider les Comores à avancer, la population à trouver du travail, à se soigner… et je sais que beaucoup de secteurs sont à revoir car ils sont porteurs d’avenir, l’environnement, le tourisme, l’écotourisme, l’énergie, les infrastructures… tout ce qui manque actuellement pour accompagner les Comores sur la voie du développement.
Question : Les défis sont immenses car tous les secteurs sont à revoir et le gouvernement comorien espère mobiliser jusqu’à 6 milliards d’Euros pour projeter une croissance économique de 7,5% à partir de 2021 sur 12 grands projets. Quelle sera la part de la France ?
J.B-M. : Nous nous engageons à hauteur de 150 millions d’Euros à travers le PDFC, auquel s’ajoutent 3 millions d’aide budgétaire directe, d’autres projets qui ne sont pas inscrits dans le programme DCP et qui s’élève à peu près à 6 ou 7 millions, des engagements de l’AFD qui sont en cours, donc si on met bout à bout toutes ces aides, c’est beaucoup. Il faut aussi prendre en compte la capacité du pays à absorber ces aides et à les pérenniser, et en ce sens l’engagement d’autres partenaires est indispensable sur le long terme, pour que les projets prioritaires dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la formation et de l’insertion professionnelle des jeunes soient une réussite.
Tout cela est fondamental pour que les jeunes puissent être formés et être en mesure de répondre aux besoins économiques du pays. Il y aura une main d’œuvre qualifiée comorienne sur place. Il y a un décalage à combler notamment dans le secteur de l’agriculture. Il faut faire en sorte aussi que les jeunes entrepreneurs puissent émerger et trouver un soutien auprès des banques. L’aide au management de projet sera un volet essentiel de ces formations.
Question : La France doute de la politique de l’émergence de l’Union des Comores ?
J.B-M. : Ce n’est pas que la France doute, elle ne doute de rien et ne fait pas d’ingérence dans les affaires internes des Comores. Force est simplement de constater aujourd’hui un écart de développement important avec Mayotte, et ce bien que Mayotte soit elle aussi confrontée à des problèmes et que la situation n’y est pas facile non plus. La conséquence, c’est que l’attractivité qu’exerce Mayotte sur les Comoriens les entraîne à risquer leur vie en mer soit pour aller trouver du boulot, se faire soigner ou faire éduquer ses enfants. Or la solution, ce n’est pas de se rendre là-bas mais d’aider votre pays à régler cet écart de développement. Et pour régler cet écart, il y a des secteurs prioritaires sur lesquels nous devons intervenir pour soutenir les Comores. Je pense que c’est une dynamique à mettre en avant car nous sommes là, nous sommes des partenaires, avec l’ensemble du peuple comorien.
Question : Quelle stratégie la France doit proposer aux Comores ne serait-ce que dans l’insertion professionnelle des jeunes ?
J.B-M. : La formation et l’insertion professionnelle sont fondamentales. Nous avons un projet, et nous avons même proposé au Président Azali, de dupliquer le service militaire adapté sur le même modèle que dans les départements et territoires d’Outre Mer pour les jeunes en difficulté. Nous pensons que ce système serait adapté aux Comores. Il s’appellera le service civil d’aide à l’insertion et il sera adapté aux besoins de l’économie comorienne. C’est un projet à deux volets qui va coûter à peu près 20 millions d’Euros. Nous allons commencer par un projet-pilote. L’idée centrale du SCAI, c’est d’accompagner les jeunes dans le savoir-être, le savoir-faire et le savoir se prendre en main. Pour ce premier projet-pilote, nous allons commencer avec 150 jeunes mais, en pleine vitesse de croisière, c’est jusqu’à 3000 jeunes qui seront formés chaque année à des métiers en correspondance avec les besoins de l’économie comorienne. Cette formation socioprofessionnelle est l’un des projets phares du PDFC (Programme de Développement France-Comores) et s’étale sur trois ans. Mais après les Comores doivent se l’approprier parce qu’au fil du temps il faudra assurer la formation des générations à venir.
Question : Cette conférence serait la troisième qu’organisent les Comores pour son développement. Est-ce que la France croit vraiment à sa réussite ?
J.B-M. : Les Comores ont fait un choix. Aucun peuple, à terme, n’accepte de vivre, disons dans un contexte où il y a peu d’espoir d’avenir. Dans ce cas, la seule solution est la voie du développement. Il faut se fixer des objectifs et se donner les moyens de les atteindre. Et je sais que personne ne peut se lancer dans un projet, sans y croire. Je sais que les projets élaborés sont ambitieux et touchent à des secteurs essentiels tels que le tourisme, l’écotourisme, qui respectera l’environnement magnifique et fragile de ce beau pays que sont les Comores et pourra représenter une source de revenus importants. J’espère aussi que la CPAD remportera un grand succès et sera capable de convaincre les investisseurs à venir aux Comores, plus nombreux. .
Question : Y’aura-t-il des investisseurs sans justice fiable ?
J.B-M. : Tout va ensemble et je dis non. Nous avons obtenu un fonds, le FSPI, géré par le service de Coopération et d’Action Culturelle de l’Ambassade d’1 millions d’Euros, au bénéfice du secteur de la justice. Il est absolument nécessaire de renforcer la gouvernance, de former les magistrats, de lutter contre la corruption, de former des magistrats pour les tribunaux de commerce pour que tout investisseur puisse trouver un environnement favorable aux affaires. Et nous allons travailler pour vous accompagner dans ce secteur.
Question : Qu’en est-il de l’éducation ?
J.B-M. : J’estime qu’il nous faut redonner au français sa place de choix, car c’est aussi une langue du développement et des affaires. Nous allons contribuer au renforcement des lycées d’excellence. Il est aussi nécessaire de mettre en place une scolarité plurielle, avec des cursus différents, allant des études universitaires aux études techniques et à l’apprentissage. Il faut présenter ne palette de formations à la jeunesse comorienne.
Propos recueillis par A.O Yazid et Oustadh Padre
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