Dans un entretien accordé à La Gazette des Comores, le ministre de l’environnement et du tourisme, Abubakar Ben Mahamoud, revient sur la transversalité de ses missions, les grands défis écologiques du pays et l’importance d’impliquer la jeunesse dans la transition. Surnommé « le ministre de tous les ministres », il partage sa vision et les mesures engagées pour relever les enjeux environnementaux. Interview.
Question : Vous êtes surnommé « le ministre de tous les ministres ». D’où vient ce titre et comment le vivez-vous ?
A.B.M : Ce surnom est probablement lié à la transversalité de mes missions. Mon portefeuille, environnement et tourisme, interagit avec presque tous les ministères : agriculture (pratiques agricoles durables et adaptation au climat), énergie (énergies renouvelables), économie (économie bleue et emplois verts), aménagement du territoire, santé, infrastructures, éducation etc. Mon action ne peut plus être cloisonnée. Je le reçois avec humilité et je le vis comme un grand défi, mais aussi comme une chance unique. Cela m’inspire surtout une grande responsabilité celle de faire converger l’action gouvernementale autour de l’impératif écologique avec l’adhésion de tous les citoyens.
Question : En tant que jeune membre du gouvernement, quel regard portez-vous sur votre mission ?
A.B.M : Je porte un regard lucide et optimiste. C’est une opportunité d’apporter une énergie nouvelle, d’innover et de faire avancer les politiques publiques dans le cap fixé par le chef de l’État. Être jeune, c’est avoir l’audace de croire que les choses peuvent changer. Je veux être un trait d’union entre l’État et la jeunesse, entre la rigueur dans la gouvernance et l’impératif de changement.
Question : Quel est aujourd’hui le principal défi environnemental du pays ?
A.B.M : Nous faisons face à plusieurs défis liés au changement climatique (inondations, sécheresse, submersion marine), la gestion durable des ressources naturelles (déforestation, déchets, érosion côtière…). Ces phénomènes menacent la biodiversité, les moyens de subsistance des communautés, la santé publique et l’attractivité touristique.
Question : Quelles sont les mesures concrètes engagées pour y répondre ?
A.B.M : En janvier 2025, le chef de l’État a promulgué deux lois majeures : Premièrement, la loi N°24-018/AU du 25 décembre 2024 modifiant et complétant la Loi Cadre N°94-018/AF du 22 juin 1994 relative à l’environnement. Deuxièmement, la loi N°24-019/AU du 25 décembre 2024 portant loi cadre pour la prévention et la gestion durable des déchets. Elles renforcent notre cadre juridique et permettent une meilleure mise en œuvre de la politique environnementale. Nous avons aussi validé en avril la stratégie nationale de gestion des déchets et poursuivons l’opérationnalisation de six aires protégées couvrant 25% du territoire national.
Question : Comment votre ministère collabore-t-il avec les autres pour une approche globale ?
A.B.M: L’environnement et le tourisme, par leur nature transversale, ne peuvent être gérés isolément. Nous travaillons avec toutes les institutions, le secteur privé, la société civile et les organisations communautaires pour intégrer la dimension environnementale dans la planification du développement à tous les niveaux.
Question : Quel rôle joue la jeunesse dans votre politique ?
A.B.M: La jeunesse est au cœur de notre stratégie. Elle est à la fois victime des impacts du changement climatique et actrice du changement. Nous soutenons les organisations de jeunes engagées dans l’environnement, les impliquons dans les concertations nationales et voulons leur donner les moyens d’agir, de s’émanciper et de contribuer activement au développement du pays.
Question : Le pays est-il actif dans les initiatives régionales et internationales pour le climat ?
A.B.M: Oui, pleinement. Nous sommes engagés dans l’accord de Paris, l’initiative de la Grande Muraille Verte, la promotion de l’économie bleue, et plusieurs conventions internationales (changement climatique, biodiversité, désertification, CITES, Minamata…). Notre voix porte pour plaider la justice climatique et mobiliser des financements verts adaptés à nos réalités.
Question : Quel est votre message pour la jeunesse ?
A.B.M : À la jeunesse, je dis : vous êtes la force vive de la transition et de la nation. Prenez la parole, agissez dès aujourd’hui. L’avenir ne se négocie plus, il se construit avec audace, cohérence et solidarité. À mes collègues, je réitère ma gratitude pour leur engagement. Notre avenir dépend de notre capacité à agir ensemble avec abnégation et professionnalisme.
Propos recueillis par Mohamed Ali Nasra
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