Le constat est sans appel : le patrimoine matériel de la médina est en danger. Investi dans le domaine depuis plus de vingt ans, Bourhane Abderemane, anthropologue, membre du Comité national pour l’inscription des Comores au patrimoine mondial de l’Unesco lance un cri d’alerte. A l’occasion des Journées du Patrimoine de la Médina, l’ancien responsable du CNDRS Anjouan a tenu une conférence au Casm pour attirer l’attention sur le danger imminent face à la disparition de notre Histoire mais également les risques que cela implique pour les citoyens qui y vivent.
« La médina de Moroni possède un patrimoine bâti exceptionnel et unique en tout genre. Mais il se dégrade et tombe en ruine. C’est une véritable tragédie », regrette Bourhane Abderemane. Convié au Centre d’Animation Socioculturelle de Mtsangani lundi après-midi par l’association Médina Wiratha à l’occasion des Journées du Patrimoine de la Médina, l’anthropologue a fait l’exposé de la situation en se focalisant essentiellement sur des sites clés de la médina dont les palais Dhwahira, Shashanyongo et Msirintsini.
« Ngazidja compte 4 sultanats : Ikoni, Itsandra, Ntsudjini et Moroni. Ce dernier, Moroni, comme les autres possède des caractéristiques typiques et uniques. Pour être éligible à l’Unesco, il faut que le site soit intègre et authentique ; c’est-à-dire qu’il soit tel qu’il a été construit initialement, et restauré à l’aide des mêmes matériaux. Malheureusement, on constate que les vestiges qui restent sont soit à l’abandon, soit rénovés mais complètement modifiés dans leur architecture », déplore Bourhane Abderemane qui travaille en synergie avec des experts internationaux. Mais comment protéger le patrimoine sans une réglementation et des lois adaptées?
Un problème qui a été soulevé par un citoyen, présent à la conférence et dont la demeure familiale fait partie des sites cités plus haut. « La famille a engagé des travaux et dans la foulée, a complètement modifié l’architecture du palais. Je m’y suis opposé, me suis adressé à la Mairie pour m’appuyer car bien que la maison nous appartienne, il faut aussi reconnaitre son caractère exceptionnel qui l'inclut dans l’héritage commun de la société. On ne peut pas en faire ce qu’on veut. Ni la Mairie ni la Justice n’ont su m’assister car aucune loi n’interdit de modifier l’architecture de ces maisons vieilles de plusieurs siècles».
Une triste réalité que dénoncent depuis plusieurs années, les rares personnes alertées et conscientes de l’urgence de la situation. « Une loi sur la protection du patrimoine a été promulguée en décembre 2020. Nous avons pour cela frappé à toutes les portes, travailler d’arrache-pied pendant plusieurs heures. J’ai moi-même élaboré un document pour vulgariser cette loi et sensibiliser un maximum de personnes. Malheureusement, elle n’est toujours pas en application. Des experts sont venus à plusieurs reprises. Tous sont unanimes sur la richesse de notre patrimoine et son caractère exceptionnel. Mais il est difficile d’avancer sans l’appui des autorités. C’est capital car tout ce que nous faisons doit être appuyé et porté par l’Etat comorien qui est le principal interlocuteur de ces organismes », a conclu Bourhane Abderemane qui rappelle que la date limite pour soumettre la demande de classement des vieilles villes et sultanats historiques des Comores au patrimoine mondial de l’Unesco est fixé au 31 décembre 2024. « Avec les membres du comité, nous faisons le nécessaire. Pourvu que la suite nous soit favorable ».
Sanaa Chouzour
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