La Gazette

des Comores

Le pays est à la traîne en matière de lutte contre la corruption

Le pays est à la traîne en matière de lutte contre la corruption © : HZK-LGDC

À l’occasion de la Journée internationale de lutte contre la corruption, la Fondation Mo Ibrahim a dévoilé les données préliminaires de l’Indice Ibrahim de la Gouvernance en Afrique (IIAG). Ces chiffres, qui précèdent le rapport complet attendu en octobre 2026, offrent une photographie provisoire de la situation des Comores par rapport à leurs voisins africains.


Le score moyen africain en matière de lutte anticorruption est passé de 38,6 en 2016 à 39,1 en 2025, soit une hausse modeste de 0,5 point sur dix ans. Cette progression cache une trajectoire discontinue, une chute jusqu’à 37,7 en 2020, suivie d’une reprise de 1,4 point au cours des cinq dernières années. Le continent semble ainsi entrer dans une phase d’« amélioration croissante », mais les disparités régionales et nationales restent remarquables. Le Rwanda et les Seychelles dominent le classement, confirmant leur rôle de modèles en matière de gouvernance et de lutte anticorruption. Pour les Comores, les données confirment une détérioration. Déjà en recul dans le rapport 2024 (score global de 42,8/100, 40ᵉ rang sur 54), le pays figure parmi les pays les plus fragiles aux côtés du Liberia et du Soudan du Sud. La lutte anticorruption y demeure faible, avec une perception publique négative et des institutions jugées peu efficaces.

 

Cette situation contraste fortement avec Maurice et les Seychelles, qui affichent des scores nettement supérieurs grâce à des politiques plus robustes et une gouvernance institutionnelle mieux consolidée. Les données préliminaires révèlent aussi des écarts notables entre communautés économiques régionales. La SADC conserve le meilleur score moyen (44,5 en 2025). La CEDEAO suit avec 43,6. L'Union des Comores, membre de la Commission de l’océan Indien (COI), se rapproche des pays en difficulté. Par ailleurs, en Afrique subsaharienne une évidence atypiques est en mouvement. Le Mali et le Burkina Faso, malgré des prises de pouvoir militaires, ont vu leurs scores anticorruptions progresser. Le Mali affiche une hausse de 13,7 points depuis 2020, tandis que le Burkina Faso a inversé sa tendance avec +1,7 point depuis 2022. Ces évolutions montrent que des ruptures politiques peuvent parfois ouvrir la voie à des réformes, même si la corruption dans la sphère publique reste un défi constant.

 

Chez nous, la perception publique de la lutte anticorruption reste négative, alimentée par des scandales cachés et une justice perçue comme inefficace. La fragilité institutionnelle se traduit par une incapacité à mettre en œuvre des mécanismes de contrôle solides, ce qui accentue le sentiment de décrochage par rapport aux voisins plus compétitifs. À l’exemple, les Seychelles et le Rwanda démontrent qu’une gouvernance rigoureuse peut transformer la trajectoire nationale et renforcer la crédibilité du gouvernement. Selon ces données préliminaires, les Comores demeurent engluées dans une zone de fragilité, alors même que le continent amorce une trajectoire globale d’amélioration. Le rapport final attendu fin octobre 2026 apportera une analyse complète de la gouvernance africaine et permettra de mesurer précisément l’écart qui sépare l'archipel des modèles régionaux.

 

Aticki Ahmed Ismael

 

 

 


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