La Gazette

des Comores

Le tropisme de l’île de la Réunion sur les Comores

Le tropisme de l’île de la Réunion sur les Comores © : HZK-LGDC

Cette semaine a débuté avec l’entrée inopinée de Madame Faouzia Vitry, élue franco-comorienne au Conseil Régional de l’île française de la Réunion, dans le débat politico-judiciaire comorienne. Pour la jeune génération, cette intrusion brusque laisse perplexe mais pour les connaisseurs de la géopolitique régionale, cela ressemble à un remake.


La relation  Comores et l’île la Réunion est une longue histoire faite beaucoup plus de bas que de haut. L’île de la Réunion que les Comoriens surnommaient jadis « Burubwa » a toujours été, depuis 1815, le lieu privilégié de la stratégie expansionniste français dans l’océan Indien en général et le lieu où se noue et se dénoue la plupart des tragédies qu’ont connu les Comores du XIXème siècle à nos jours.

 

La Réunion a été le point d’appui pour la prise de possession de l’île de Mayotte par la marine française. C’est de cette île également que, en avril 1841, le gouverneur de Bourbon, le contre-amiral Louis de Hell envoie le capitaine d’infanterie marine Pierre Passot pour procéder à « l’achat » de Mayotte par le sultan Andriansoly contre une rente viagère annuelle de  1000 piastres (équivalents à une valeur à jours de 700 - 800 euros) non réversible sur ses enfants qui devaient être élevés à Bourbon aux frais du gouvernement français.

 

L’île Bourbon est omniprésente également dans les querelles dynastiques de la noria de sultans comoriens et à la base de l’exil sur les terres réunionnaises pour quatre longues années (entre 1894 et 1909) du Sultan Said Ali. Au début du siècle dernier, l’ile de la Réunion se pourvoit massivement en main d’œuvre bon marché de l’archipel dans le cadre de l’Engagisme. De nombreux Comoriens sont amenés dans des bateaux pour servir comme ouvriers agricoles, ou travailler dans les usines de canne à sucre ; d’autres sont recrutés comme dockers, importés pour briser des mouvements sociaux très fréquents dans l’île. Un mouvement inverse est aussi observé au cours de cette  période avec des Réunionnais envoyés aux Comores (connus à l’époque sous le sobriquet de « cousins réunionnais ») pour seconder les colons propriétaires terriens dont Léon Humblot.

 

Quand pointe la période des indépendances africaines, c’est de La Réunion que s’organisent sous la houlette de Michel Debré, député de l’île à l’Assemblée Nationale Française, les mouvements contre l’indépendance des Comores. Ce fut d’abord le Congrès des Notables dirigé par Georges Nahouda puis le Mouvement Populaire Maorais de Marcel Henry. Ces mouvements ont bénéficié de puissants appuis financiers et médiatiques portés par un quatuor réunionnais formé de Michel Debré, Jean Claude Vallée, co-fondateur du Comité de soutien aux français de Mayotte et directeur du magazine VIA, Gérard de Villèle et Thien-Ah-Koon, membre du conseil économique et social.

 

Ces lobbyistes réunionnais ont été épaulés en France métropolitaine entre autres par le royaliste Pierre Pujo du journal « Aspects de la France ». Contre l’avis du charismatique homme politique réunionnais Paul Verges et de Jacques Foccart, le Monsieur Afrique de l’Elysée, Michel Débré et une partie de la droite réunionnaise réussissent à détacher l’île de Mayotte de son giron naturel que sont les Comores pour en faire une collectivité territoriale de la France.

 

A l’exception du Parti Communiste Réunionnais et du journal Témoignage, une grande partie de la classe politique réunionnaise va s’évertuer à donner une très mauvaise image des Comores. Les journaux locaux dont Journal de la Réunion et le Quotidien ne ratent jamais une occasion pour décrire de manière sombre les Comores. A cette campagne médiatique s’ensuivra ensuite des misères noires pour les Comores qui n’acceptent toujours pas le fait accompli.

 

D’abord la chute brutale d’Ali Soilihi dont une partie de la troupe qui va le renverser transitera par l’île de la Réunion, puis la destitution et l’envoi en exil à la Réunion du président Djohar. Le clou viendra de l’irruption sous Mohamed Taki du mouvement séparatiste anjouanais. Ce mouvement dont les leaders résidaient à la Réunion avait bénéficié d’un appui politique et financier de richissimes hommes d’affaire réunionnais. Le mouvement séparatiste est allé jusqu’à réclamer la recolonisation de l’île d’Anjouan par la France. Il a eu même à proclamer la création d’un Etat d’Anjouan, ébranlant les fondements même du jeune Etat comorien et hypothéquant même son existence.

 

Toujours dans la relation Comores et île de la Réunion, l’épisode des Jeux des îles tenus à l’île de la Réunion, en août 2015, a en effet démontré que la question de Mayotte est un brûlot entre les deux entités. Le port encouragé par la partie réunionnaise, de l’étendard français par la délégation de Mayotte a entrainé le retrait immédiat de la délégation comorienne des jeux. Les athlètes sous la conduite de Hassani Mohamed Abdou ont immédiatement décidé de rentrer à Moroni en guise de protestation contre l’honneur bafoué de leur pays. Il s’en est suivi une crise diplomatique majeure entre la France et les Comores. La population comorienne a épousé spontanément l’attitude des athlètes et s’est indignée devant l’attitude manifestée par les organisateurs réunionnais des Jeux et le soutien qu’ils ont apporté à cet acte considéré par beaucoup aux Comores comme inamical.

 

A ces innombrables interlopes, s’est ajouté les tentatives d’intégrer Mayotte dans les organisations régionales (COI, iles Vanilles, Union des Chambres de Commerces de l’Océan Indien…).

 

Aussi, la sortie médiatique de Faouzia Vitry est peut être un signe annonciateur de ce que sera la teneur des actions du nouveau Secrétaire Général réunionnais de la COI qui prend ses fonctions en juillet prochain. Un acte qui suit les sorties hasardeuses et les errements de ces derniers mois, sur les Comoriens du nouveau Préfet de Mayotte et de l’ancien ministre Dominique Voynet, son responsable de l’Agence Régionale de la Santé dans la gestion du Covid19. Les connaisseurs le savent depuis des lustres, la politique comorienne de la France se décide non pas au Quai d’Orsay mais au Ministère des Armées et à… l’île de la Réunion. 

 

Mmagaza

 


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