La Gazette

des Comores

Le visa Balladur toujours décrié

Le visa Balladur toujours décrié © : HZK-LGDC

Deux ans depuis que le Club Soirhane commémore les pertes humaines en mer entre Anjouan et Mayotte. Pour marquer les esprits, ce collectif de jeunes a planté une stèle au sein de l’école primaire de Mirontsy à Anjouan pour rendre hommage à ces milliers de morts. Le 18 janvier dernier, pour la deuxième fois, une cérémonie d’hommage a eu lieu devant cette structure en présence du maire de la commune et du gouverneur de l’île, appelant à une restructuration du discours face à ce fléau et pour l’appartenance de Mayotte dans l’archipel.


Depuis 26 ans, le visa Balladur continue à faire ses victimes dans le bras de mer séparant Anjouan et Mayotte. A Mirontsy dans l’ile d’Anjouan, le Club Soirhane rend hommage à ces milliers de comoriens qui perdent la vie en voulant se rendre sur cette partie de l’archipel restée sous administration française depuis la déclaration de l’indépendance en 1975. Le 18 janvier dernier marquait pour ce collectif des jeunes sous l’œil averti de Soeuf Elbadawi et d’Ansssoufouddine Mohamed, la deuxième année consécutive pour la commémoration de la stèle érigée en l’honneur des victimes de ce mur Balladur. Appuyé par le maire de Mirontsy, Sidi Bacar et le Gouverneur Anissi Chamssidine, ces jeunes tentent tant bien que mal de reconstituer l’histoire, pas en reconstituant les faits mais en donnant à ce fléau un nom comme ce fut le cas pour les autres faits historiques du monde entier. Ceci permettrait au peuple de « réconcilier avec la réalité de ce drame, en rappelant aux vivants, et aux plus jeunes surtout, que nous sommes encore capables d’honorer nos morts, de leur donner un visage ».

Dans son appel, le gouverneur insiste à une non-oublie face à ce qui se passe dans cet océan. En plus de demander à « trouver un nom » à cette tragédie qui se déroule au cœur d’une frontière des plus injustes, Anissi Chamssidine estime qu’un certain discours est « dépassé ». « Le discours selon lequel Mayotte est comorienne ne doit pas se résumer de la sorte. C’est une réalité qui existe mais la vérité en est une autre chose. Nous nous devons de prouver que l’île est comorienne par les faits, ne pas admettre qu’un comorien se trouvant à Mayotte soit considéré comme un clandestin et renvoyé à Anjouan, que ceux qui souhaitent s’y rendre perdent leur vie en mer sans qu’on ose hausser notre voix », explique le gouverneur lors d’un entretien. La volonté affichée par le gouverneur d’Anjouan dans ce nouveau discours c’est de coller des visages et attribuer des noms à ces milliers de morts pour ainsi « montrer la tristesse au sein des Nations-unies » au détriment des discours qui n’apportent pas leur fruit mais aussi affirmer une prise de conscience collective du peuple comorien.

« Ce sont nos compatriotes, ce sont des musulmans, ce sont des êtres humains. Ils ont donc droit à une mort digne, leur seule faute ayant été de vouloir circuler librement dans leur pays », s’indigne Anissi Chamssidine pour qui répertorier ces milliers de morts venant des quatre îles devient plus qu’une nécessité. De la responsabilité et de la prise de conscience des jeunes constituant le Club Soirhane, le gouverneur affirme son soutien et salue cet engagement démontré par ces jeunes lycéens. Dans ce sens, Amedine Combo, conseiller au sein du Club Soirhane se félicite d’avoir été au cœur de cette réalisation. Revenant sur les faits qui touchent l’ensemble du territoire, ce dernier rappelle que la ville de Mirontsy est l’un des plus touché par ces pertes humaines. « La ville de Mirontsy a connu une période où les pertes en mer étaient immenses. Plusieurs familles sont à ce jour endeuillées car ayant perdu plus d’un des leurs sur la traversée Anjouan et Mayotte. Nous ne pouvons pas cautionner cela », dit-il.

Du discours affirmant l’appartenance de Mayotte à l’archipel, Amedine Combo partage l’avis du gouverneur Anissi Chamssidine. Il estime qu’il est temps de changer de stratégie et d’opter pour une autre forme de réclamation de l’île mais aussi de « trouver une stratégie pouvant faciliter la circulation des personnes des trois iles indépendantes et Mayotte (l’île sous administration française) ».

A.O Yazid

 


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