La fondation Hazi na Haki, dont le projet est de valoriser le travail et honorer les personnalités éminentes de notre société, a organisé une conférence débat sur la perte de l’identité comorienne ce lundi 21 octobre à Moroni. Une conférence animée par Damir Ben Ali, ancien Directeur du CNDRS, Amina Housseine Dahalane, présidente du réseau femmes et développement et l’anthropologue Abdremane Wadjih, Moussa Said en a été le modérateur.
Les effets du mimétisme sur l’identité et les dynamismes sociales aux Comores. C’est l’angle abordé par les conférenciers, hier lundi au Casm lors d’un échange qui a réuni une cinquantaine de participants. « Se rappeler la réalité de notre identité afin de retrouver le moment où notre représentation de nous-mêmes a glissé dans le mimétisme est une question importante », dira le professeur Damir Ben Ali pour qui « la plasticité d’esprit qui, jadis caractérisait le comorien, venait d’un groupe d’immigrés d’origines diverses ». « Chaque peuple arrivait avec sa langue, ses représentations, ... En s’adaptant aux réalités naturelles des îles, ces hommes et femmes mélangeaient leurs connaissances et leur savoir-faire, confrontaient leurs modes de pensée, tout en se délestant de leurs références ».
Toujours selon lui, la représentation mimétique de la société par l’élite comorienne a surgi au 16e siècle avec l’arrivée des européens. « L’équivalent comorien du mot civilisé devient ustaanrabu. En 1888, le pouvoir politique est composé en majorité de jeunes, francophone et arabophone, découpés des réalités sociologiques de la nation par la révolution du 03 aout 1975 qui a supprimé les institutions et les rituels qui célébraient les états du cycle vital des comoriens et participaient à la constitution de notre mémoire historique. Les jeunes gouvernants multipliaient les rédactions de constitutions au profit de l’occident », souligne-t-il.
De son côté, la présidente du réseau national femmes et développement Amina Housseine, s’est exprimée sur l’appropriation de motifs de la population comorienne. « Personnellement, tout le temps que j’ai passé à l’extérieur était basé sur du mimétisme. J’imitais les européens, je parlais très bien en français pour que les gens voient que je suis civilisée. Tout ça s’explique par le fait du dominateur et du dominé. On fait en sorte de plaire au dominateur en s’adaptant à lui », explique-t-elle.
Avant d’ajouter : « Le mimétisme des vêtements, a débuté dans les années 50-60. Nous avions de bonnes relations avec la Tanzanie et Zanzibar donc nous nous sommes appropriés leur mode vestimentaire. Par ailleurs, à partir des années 80 avec les voyages en Europe, nous avons commencé à vouloir leur ressembler en adoptant leur manière de se vêtir, de se comporter voire même de les ressembler par exemple en se défrisant. Ce qui me choque le plus, c’est que dans nos mariages, au lieu de mettre en valeur nos vêtements traditionnels en les cousant, nous nous référons à des prêts à porter venus d’ailleurs qui ne sont pas forcément de bonne qualité par rapport à notre climat », déplore-t-elle.
Quant à l’anthropologue, Dr Abderemane Wadjihi, il affirme que le mimétisme implique la tendance d’imiter ou reproduire les aspects d’une personne et ce phénomène existe dans le monde. « Le mimétisme en soi n’est pas mauvais, il devient mauvais à partir du moment où il est aveugle, imiter pour imiter, copier pour copier etc. Le mimétisme est excellent quand il est utilisé à bon escient », précise-t-il.
L’anthropologue a tenu à souligner que le comorien doit s’affirmer par rapport à ce qu’il est sans renier son appartenance. « Un comorien n’est pas Arabe, Africain ou autres, mais comorien. Certes nous avons une descendance comme tout pays mais on se définit par rapport à nos origines et non autre chose. Nous devons assumer notre identité et notre existence en nous identifiant comme comorien sans renier notre appartenance. Car nous avons une existence affirmée et confirmée », confie-t-il.
Pour lui, l’aliénation, le formatage est à l’origine de ce que nous traversons actuellement. « Le dominant essaie toujours d’imposer sa culture, pensée, ... Nous avons adopté la culture des autres en rejetant la culture. Nous devons donc trouver une solution pour nous réapproprier notre culture », suggère-t-il.
Mohamed Ali Nasra
Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.

© : HZK-LGDC