Sans surprise, les Comores ont fait une chute libre au classement mondial de la liberté de la presse édition 2020, publié le mardi 21 avril, et établi chaque année par Reporters Sans Frontières. Le pays se situe désormais à la 75e position sur 180 pays annotés. C’est la deuxième plus grosse chute au niveau mondial, après Haïti qui a dégringolé de 21 points pour se retrouver à la 83e position.
Moroni n’a jamais perdu autant de points depuis le début de ce classement par RSF en 2013. L’ONG estime que les tensions politiques qui ont marqué le référendum constitutionnel de 2018 et la réélection du président Azali Assoumani en 2019, « se sont accompagnées d'une recrudescence importante et inhabituelle des atteintes à la liberté de la presse ».
C’était en 2017 que le pays a fait son meilleur score de l’histoire. Nous occupions orgueilleusement la 44e place sur 180, soit avec 6 points de plus dans le panier par rapport aux deux précédentes années, 50e. L’honneur de ce fait d’arme revient au journal Al-watwan à la tête duquel, à l’époque, Ahmed Ali Amir. Pendant la partielle de la présidentielle de mai 2016, ce quotidien de l’État a publié sur son site internet les résultats issus des urnes à Anjouan, prenant au dépourvu la Commission électorale, tristement célèbre en matière de fraude.
Depuis, le pays a entrepris une descente en vrille. Intimidations, agressions, arrestations, censure… Quelques mois après les élections d’avril 2019, les médias avaient connu une embellie. Les autorités faisaient montre d’ouverture, au point d’épater certains observateurs internationaux. Mais, chasser le naturel, il revient au galop. L’arrivé d’un nouveau ministre de l’information n’aura pas aidé à suturer les plaies provoquées par son prédécesseur. Au mois de décembre, les arrestations et intimidations ont repris de plus belle. Le journaliste de Rcm13 et Fcbk FM Oubeidillah Mchangama est arrêté alors qu’il couvrait une manifestation des femmes à Moroni.
En janvier il est à nouveau arrêté avec son confrère de Masiwa alors qu’ils étaient en route pour couvrir une manifestation de l’opposition dans la région d’Oichili. Au même mois, la rédactrice en chef et la directrice de l’information de la télévision nationale son suspendues de leurs fonctions, reprochées d’avoir accordé plus de temps d’antenne aux commerçants qui observaient une grève de 72H. « La suspension arbitraire de deux journalistes de la chaîne publique sous la pression du gouvernement est venu brouiller l'élan d'ouverture que l'on y avait récemment observé », regrette RSF.
Pour l’année prochaine, il y a encore loin de la coupe aux lèvres puisque, dans un rapport de l’ONG dédié à la crise de coronavirus, le tableau dressé sur les Comores n’est point reluisant. RSF note en effet que, plus généralement, « la crise met en évidence une tentative de monopoliser l’information en privant les journalistes du droit de mener des enquêtes indépendantes et de s’écarter du discours officiel ». Un grief, encore un autre, qui sera, sans doute aucun, retenu contre le pays au prochain classement. Si on ne peut plus l’effacer du casier, se retenir d’en rajouter une couche est, en revanche, possible.
TM
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