La Gazette

des Comores

Licenciement de Soifia Hassani : Encore des interrogations sur la gouvernance

Licenciement de Soifia Hassani : Encore des interrogations sur la gouvernance © : HZK-LGDC

Le licenciement de la journaliste Soifia Hassani de l’Office de Radio et Télévision des Comores (ORTC) suscite une vive réaction du Syndicat National des Journalistes Comoriens (SNJC). Pour le syndicat, cette décision, jugée précipitée et injustifiée, marque un nouveau tournant dans la gestion de l’établissement public.


Soifia Hassani a été licenciée par la direction générale de l’ORTC pour des faits officiellement qualifiés de « manquements répétés », « abandon de poste » et « non-respect des procédures administratives ». La décision, datée du 9 juin, s’appuie selon la direction sur des absences non justifiées et un non-respect des règles de pointage en vigueur. « Depuis la mise en place du système de pointage par empreinte digitale à l’ORTC, la présence effective de Mme Soifia ne représenterait même pas un quart du temps de travail attendu », souligne la direction.

Le directeur général, Hablani Assoumani, assure que la procédure a été respectée à la lettre. « Selon le Code du travail comorien, les absences injustifiées constituent une faute grave. Cette disposition s’applique à tout agent de manière équitable, sans distinction de statut ou de fonction », explique-t-il, citant des avertissements, une suspension, puis une convocation au conseil de discipline. Mais du côté des employés, les justifications avancées par la direction peinent à convaincre. Nombreux sont ceux qui jugent la sanction excessive, prononcée dans un contexte marqué par un climat de tension et de contrôle permanent. « Il ne s’agit pas d’un abandon de poste, mais plutôt d’une suite de malentendus et de différends mal gérés », confie une source interne. Selon elle, Soifia aurait été en désaccord avec sa hiérarchie à propos de certaines activités extérieures jugées incompatibles, bien qu’elles aient été évoquées en toute transparence.

Selon plusieurs employés, le service fonctionne désormais sous une tension quasi permanente. « L’atmosphère est devenue étouffante. On a l’impression que chaque geste est scruté, chaque parole peut être retenue contre nous », témoigne un technicien. Pour le Syndicat national des journalistes comoriens (SNJC), cette révocation marque une ligne rouge. Son président, Ahmed Bacar, fustige une gestion autoritaire et l’absence de concertation avec le personnel. « Cette décision est profondément injuste. Il est temps d’en finir avec une gouvernance basée sur la répression. Le dialogue social doit redevenir la norme », plaide-t-il.

Face à ces critiques, la direction campe sur ses positions. Le directeur général de l’ORTC, Hablani Assoumani, rejette toute idée d’acharnement : « Il ne s’agit pas de viser une personne en particulier. Il est question de faire respecter les règles et l’équité entre agents. » L’affaire dépasse désormais le cadre interne. Sur les réseaux sociaux, les réactions se multiplient. Tandis que certains appellent à plus de rigueur dans la gestion publique, d’autres y voient une dérive inquiétante dans la gouvernance des médias comoriens. Le licenciement de Soifia Hassani ravive les interrogations sur le respect des droits fondamentaux des journalistes et sur l’application de procédures équitables dans les institutions publiques. Pour le SNJC, il ne peut être question de tourner la page sans rendre des comptes : « Cette affaire doit faire date. Elle appelle à une remise à plat des pratiques de gestion au sein de l’ORTC », affirme le syndicat.

 

Mohamed Ali Nasra

 

 


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