La Gazette

des Comores

Lutte contre les violences faites aux femmes : Une projection qui brise le silence

Lutte contre les violences faites aux femmes :  Une projection qui brise le silence © : HZK-LGDC

Vendredi 28 novembre dernier, le foyer des femmes de Moroni a fait office de cinéma pendant quelques heures, pour la projection d'un film documentaire poignant sur les violences sexuelles dans la communauté comorienne. Réalisé par l'association Mvukisho Ye Masiwa, ce documentaire a été diffusé dans le cadre des 16 jours d'activisme contre les violences basées sur le genre. Organisé par le réseau africain de leadership féminin, AWLN Comores, cet événement a rassemblé un public engagé.


Ça y est, le programme est déjà lancé. AWLN Comores, à l'instar des autres sections du réseau sur le continent africain, organise 16 jours d'activisme contre les violences basées sur le genre. Ceci dans le but de soutenir une campagne mondiale se déroulant du 25 novembre (Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes) au 10 décembre (Journée internationale des droits de l'homme). L'atmosphère était lourde d'émotions lors du visionnage du film, vendredi dernier. Des témoignages de victimes, professionnels de santé, journalistes et activistes sociaux ont défilé sur grand écran, pendant deux heures racontant les histoires de violences sexuelles subies par des personnes de différents âges, des deux sexes et de toutes conditions. Les constats étaient alarmants : 60% de viol et harcèlement sexuel subis, 125 cas d'agression dont des cas incestueux ont été recensés à Ngazidja en 2019, des enfants adoptés plus susceptibles de subir toutes sortes de violence. Les récits étaient déchirants devant un public visiblement sensible à cette cause.

 

Après la projection du documentaire, une session de questions-réponses a permis aux participants de partager leurs ressentis, leurs solutions quant à la lutte contre ce fléau social et leurs interrogations. Afin de donner une voix à ce sujet, nous avons interviewé Zayone, artiste franco-comorienne, elle-même victime de viol. Elle nous a partagé son témoignage bouleversant : « J'ai préféré témoigner à visage découvert car je voulais être authentique et sincère dans mon témoignage, même s'il est intense et révèle des moments de détresse. Je veux montrer que les histoires de victimes ne sont pas des fictions, mais des réalités qu'il faut prendre en compte. » Nouria N'Gazi, présidente de l'association Mvukisho Ye masiwa, a elle aussi expliqué : « Il est essentiel de créer un environnement où les victimes se sentent soutenues et protégées. Raison pour laquelle nous avons été présents dans les îles pour la marche thérapeutique et nous comptons poursuivre nos efforts, afin que les victimes puissent bénéficier de l'accompagnement et du soutien nécessaires pour se reconstruire. »

 

Lors de cette projection, les échanges ont porté sur des points délicats mais cruciaux. Ce qui a permis après de mettre en lumière la nécessité d'une approche globale pour lutter contre les violences sexuelles. En l'occurrence, certains représentants de structures publiques ont souligné l'importance des infrastructures adaptées pour la prise en charge des victimes, ainsi que l'implication des professionnels de santé, des autorités judiciaires et des agents psycho-sociaux dans cette lutte. Aussi, la culture du viol a été largement débattue lors de ces discussions. Les participants ont dénoncé la tendance à mélanger les traditions et la religion, ce qui ne fait qu'exacerber le problème. Ils ont également souligné la nécessité de changer les mentalités et de faire en sorte que la société prenne en compte les réalités des victimes.

 

La stigmatisation des victimes de violences sexuelles a également été au cœur des discussions lors de cet événement. Les participants ont vivement dénoncé les propos tenus par certaines personnes qui accusent les victimes de provocation ou de mensonge, jugeant ces réactions dépassées puis inacceptables. L'association Mvukisho Ye masiwa a souligné avec force la nécessité urgente de soutenir les victimes et de leur offrir un espace sûr pour témoigner, libre de jugement. À l'exemple du projet thérapeutique Mwendo wa dzihoro dont les membres bénéficiaires étaient présents à l'événement.

 

Par ailleurs, d'autres témoignages ont mis en lumière les conditions difficiles auxquelles sont confrontées les victimes en matière de prise en charge médicale et psychologique. Les participants ont également déploré la banalisation des violences sexuelles au sein de la société, voire au sein de l'entourage proche, et ont lancé un appel à une plus grande implication des autorités judiciaires pour y remédier. Beaucoup ont insisté enfin sur la nécessité de renforcer les infrastructures dédiées à la prise en charge des victimes. Ils ont appelé à une mobilisation plus large des autorités et des communautés pour mettre fin aux violences basées sur le genre.

Espérons que cette prise de conscience collective soit un pas vers un changement significatif. Comme l'a dit Nouria N'Gazi, "Il est temps de guérir en profondeur des maux sociaux qui affectent notre communauté.”

 

Hamdi Abdillahi Rahilie (Stagiaire)

 

 

 

 


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