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des Comores

Mboimadji : Des récoltes abondantes, mais toujours enclavées

Mboimadji :  Des récoltes abondantes, mais toujours enclavées © : HZK-LGDC

À Mboimadji, dans l'est de Mohéli, Saïd Madi Issoufa, connu sous le nom de Shemi, exploite plus de neuf hectares de bananiers et de manioc. Malgré une production prometteuse, une partie de ses récoltes se perd chaque année faute de moyens de transport. Isolée par l'absence de route praticable, son exploitation illustre les difficultés auxquelles restent confrontés de nombreux agriculteurs de l'île. Reportage.


Il est quatre heures du matin, ce vendredi 10 juillet. Au téléphone, Shemi donne rendez-vous à Djoiezi. Pour rejoindre son exploitation située à Mboimadji, le transport maritime est le seul moyen d'acheminer des marchandises en quantité. Après la prière de l'aube, une petite vedette quitte la plage de Mapihachingo. Dix minutes de traversée plus tard, elle accoste dans une crique isolée où débute un parcours bien plus éprouvant. Aucune route carrossable ne dessert directement cette partie de l'île. Depuis Wanani, il faut encore marcher près d'une heure sur un sentier escarpé, glissant et difficile d'accès. « Le chemin est très accidenté. Même porter une charge sur la tête devient une épreuve », raconte Shemi. Chaque jour, il emprunte ce sentier pour rejoindre sa plantation. Mais lorsque vient le moment de commercialiser sa production, les difficultés se multiplient. Les régimes de bananes doivent être transportés à dos d'homme jusqu'à la côte, embarqués sur une vedette vers Djoiezi, puis chargés dans un taxi à destination de Djando ou de Fomboni.

Sur l'exploitation, le constat est sans appel. Des dizaines de régimes arrivent à maturité sans pouvoir être écoulés à temps. Certains commencent déjà à pourrir faute de transport. La veille encore, l'agriculteur n'avait pas eu le temps de récolter l'ensemble de sa plantation, tandis que d'autres bananes continuaient de mûrir. À 42 ans, Shemi cultive plus de neuf hectares principalement consacrés à la banane et au manioc. Malgré les investissements consentis sur ses propres ressources, il affirme n'avoir reçu aucun appui matériel des structures chargées d'accompagner le développement agricole. « Je me demande quel est réellement le rôle du CRDE et de la Chambre d'agriculture. On me donne des conseils, mais je n'ai jamais reçu d'équipement. Aucun projet ne m'a aidé à développer mon exploitation », regrette-t-il.

Selon lui, deux équipements suffiraient pourtant à changer la situation : une petite vedette pour transporter les récoltes par voie maritime et une moto-benne pour assurer leur acheminement vers les marchés. Ces investissements permettraient de limiter les pertes et d'améliorer sensiblement la rentabilité de son exploitation. Shemi affirme également avoir répondu à plusieurs appels à projets sans jamais être retenu. « Des responsables étaient venus à Mohéli. Ils avaient annoncé la distribution de 2 000 plants de bananiers et une aide de 500 000 francs comoriens. J'avais même préparé 500 trous pour les plantations. Depuis, je n'ai plus jamais eu de nouvelles », confie-t-il.

Au-delà de son cas personnel, le parcours de Shemi met en lumière les contraintes auxquelles font face de nombreux producteurs de Mohéli : enclavement des zones agricoles, faiblesse des infrastructures et manque d'équipements adaptés à l'évacuation des récoltes. Alors que les Comores affichent l'ambition de renforcer leur souveraineté alimentaire, ces difficultés continuent de freiner la valorisation de productions pourtant abondantes. Pour de nombreux agriculteurs, l'amélioration des infrastructures de transport et un meilleur accès aux équipements constituent désormais des conditions essentielles pour transformer leur potentiel en véritable moteur de développement rural.

Riwad

 


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