Depuis sa prise de fonction, Moindjié Mohamed Moussa fait face à un grand nombre de grève dans le secteur éducatif. Un vrai dur, le ministre de l’Education ne se laisse pas abattre et tente par tous les moyens de trouver un consensus avec les différents grévistes. Dans une interview à La Gazette / HZK-Presse, ce dernier revient sur les objectifs du secteur en cette année dite « année de l’éducation ».
Question : Qu’est-ce qui a motivé la grève de l’intersyndical des enseignants du secondaire ?
Moindjié M. Moussa : Les grèves au sein de l’éducation ne sont pas chose nouvelle. Depuis la nuit des temps, le secteur est toujours confronté à des grèves répétitives dans l’enseignement secondaire, l’enseignement primaire et l’enseignement universitaire. C’est au cours de la période 2017/2019 que celles-ci avaient connu une baisse suite aux accords signés avec le gouvernement. Il est vrai que depuis septembre 2019 à aujourd’hui, elles sont répétitives et en cette période, elles sont au nombre de six mais elles ne durent pas car nous trouvons toujours un terrain d’entente.
J’ai compris deux choses et je ne cesse de le répéter. D’abord que les syndicats ne sont pas des opposants du gouvernement et que l’enseignement est une chose à prendre au sérieux. Notre volonté est de faciliter le secteur. Pour ce qui est des revendications de l’intersyndicale, je peux dire qu’elles sont normales et responsables car elles consistent en la réfection des écoles, au renforcement des capacités des enseignants, l’avancement des salaires, l’équipement des écoles, c’est-à-dire des choses qu’on devrait faire. Il s’avère que ces choses n’ont pas été faites et qu’ils nous le rappellent. Toutefois je peux les comprendre et leur volonté c’est de voir leurs revendications résolues au plus vite.
Question : Les enseignants de l’Université sont aussi en grève. A quand une sortie de crise définitive ?
M.M. : Que ça soit les enseignants de l’université ou les autres, il se trouve que la question des grèves répétitives doit être résolue. A noter que la grève est un droit pour tout travailleur et qu’elle est une preuve d’un pays où les libertés sont respectées. Mais sur chaque droit, il y a un autre droit donc le droit d’autrui s’arrête là où celui de l’autre commence. Et dans ce cas, il faut savoir que les enfants ont le droit d’apprendre mais pour cela, il y a les demandes des enseignants.
Il revient qu’entre les enseignants et le gouvernement il soit établi des limites pour éviter le fait qu’à chaque fois c’est le droit de l’enfant qui est le plus facile à piétiner. Il se peut qu’au sein de l’université, il y a des choses qui ne se respectaient pas ou ne se comprenaient pas car l’Université est autonome. Le ministère de l’éducation, sa mission est de veiller sur l’administration et la technique de l’institution, la finance revient au ministère des finances comme toutes autres institutions du pays. Les enseignants de l’université doivent savoir que leurs supérieurs hiérarchiques sont l’administration de l’institution, ils doivent d’abord s’adresser à eux pour leurs doléances avant d’atteindre le sommet de la hiérarchie. Et pour une sortie de crises assurée, chaque partie doit assurer ses responsabilités.
‘‘Ces dernières années, plus de 35 encadreurs formés ne sont pas traité comme tel’’.
Question : Une nouvelle grève s’est déclenchée et cette fois on parle des encadreurs pédagogiques…
M.M. : Celle-ci est la plus dure de toutes les grèves car la première des choses est de savoir ce que sont les encadreurs pédagogiques et leurs missions. De nature, ces personnes sont des enseignants qui avec une grande expérience et des formations accélérées deviennent des encadreurs. Ces dernières années, plus de 35 encadreurs formés ne sont pas traités comme tels. C’est-à-dire leur indice salarial n’a pas été changé.
Cette grève est inquiétante certes mais cela ne nous empêche pas de remettre en cause leur manière de faire le travail. Ces encadreurs n’effectuent pas le travail qui leur a été conféré, ils n’inspectent pas les écoles. L’exemple en est que chaque fois je reçois des doléances des villages pour des salles de classes qui n’ont pas d’enseignants ou des enseignants qui s’absentent trop. Nous allons discuter comme on sait le faire mais ils doivent prendre l’engagement de remplir leur mission comme il se doit.
Question : 2020 est déclarée année de l’éducation. Avec toute la crise que traverse le secteur, cet objectif sera-t-il atteint ?
M.M. : Nous avons parlé des objectifs dans l’enseignement supérieur et ceux de l’enseignement secondaire. Je pense que cela résume un contexte général. Maintenant, il faut savoir que notre mission c’est de mettre en valeur les formations techniques et professionnelles pour permettre à nos enfants de servir le pays selon le besoin. Nous devons faire en sorte qu’on trouve sur place la matière grise et une main-d’œuvre qualifiée.
Mais on peut comprendre que les infrastructures nécessaires pour alimenter ce domaine sont en manque. Et pourtant, c’est un cycle entier à instaurer dans notre système éducatif. Il y a un lourd travail à remplir dans ce cas car nous avons des maçons, des plombiers, des charpentiers et tous les autres mais aucun d’eux n’a d’attestation pour certifier et valoriser ces acquis et ces expériences. Et pourtant, c’est le plus important pour tout pays qui vise l’excellence. En plus de la réorganisation du préscolaire tout en gardant nos habitudes, il faut rappeler que le chantier dans le secteur éducatif n’est pas une chose à faire en une année mais un processus qui se fera dans la durée. Le programme est prêt mais tout va avec le temps.
‘‘Sans infrastructures adéquates ni armée républicaine, aucune éducation d’excellence n’est possible’’.
Question : Ces derniers mois des moyens conséquents sont alloués dans des secteurs comme les infrastructures routières ou l’armée. N’aurait-il pas été préférable que ces fonds soient injectés dans l’éducation afin d’assurer l’émergence ?
M.M : Nous commençons par là. L’année 2020 est l’année de l’éducation. Pour nous, l’éducation nationale est érigée au rang de locomotive de l’émergence. Nous sommes à l’année zéro de la décennie, notre priorité est de préparer les cadres dans les différents secteurs. Ma mission est de doter ce pays d’une culture d’excellence. L’éducation n’est pas abandonnée et il faut rappeler qu’elle est la première priorité. Nous devons d’abord avoir la paix et l’unité pour espérer à une bonne éducation. Il y a des sommes énormes à travers des projets comme Projec ou Comores initiative pour relancer le secteur. Mais sans infrastructures adéquates ni armée républicaine, aucune éducation d’excellence n’est possible.
Question : De nombreux établissements tombent en ruine et un grand nombre est impraticable. Est-ce avec ces lieux que vous projetez la formation d’élites nationales ?
M.M : À travers le Projec, une trentaine d’établissements vont être réhabilités et équipés d’outils modernes. Dans ce lot, il y a le lycée de Fomboni, celui de Mitsamihouli et celui de Moroni. Le gouvernement et les partenaires ne restent pas les bras croisés. Des moyens sont mis pour assurer la réhabilitation et la construction de plus de 40 établissements. A savoir que nous devons prendre en compte les nouvelles technologies et avoir des espaces à la fois d’apprentissage, de plaisir et convivial.
Propos recueillis par A.O Yazid
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