Ils étaient nombreux à être venus saluer une dernière fois Mohamed Ben Charafa à Mbeni. Figure emblématique de la notabilité de Ngazidja, médiateur infatigable et homme profondément attaché aux traditions, il laisse derrière lui l’empreinte d’un parcours marqué par la culture, la sagesse et la défense de la cohésion sociale. De ses débuts dans le commerce et la musique à plus de quatre décennies au service de la communauté, retour sur la vie d’un homme qui aura marqué son époque.
Ce mercredi 30 septembre, M’béni a rassemblé une foule nombreuse venue rendre un dernier hommage à Mohamed Ben Charafa. Responsables politiques, religieux, notables et représentants de la société se sont réunis pour accompagner l’ancien notable jusqu’à sa dernière demeure. Avant de devenir l’une des voix les plus écoutées de la notabilité de Ngazidja, Mohamed Ben Charafa avait connu plusieurs univers. Dans une interview accordée en 2018 à la chaîne privée M’beni RTMC, il revenait lui-même sur une jeunesse marquée par le commerce, mais aussi par la musique et les traditions populaires. « J’évoluais dans le commerce sous les prières de mon père, Cheikh Ahmed Mfoihaya », expliquait-il. Il racontait également que son père l’avait nommé Mohamed Taki, mais que sa génération l’appelait plutôt « Mohamed Ben Charafa ». « Je ne sais pas pourquoi », s’étonnait-il dans cette interview rediffusée hier sur la chaîne ACMC.
Son parcours l’avait conduit dans l’univers du toirab. « J’étais chanteur et compositeur de toirab, de chigoma et de danses traditionnelles », racontait-il. Son goût pour la musique l’avait notamment amené à Moroni et à Mitsamihuli, où il apprenait des chants destinés à l’animation des cérémonies religieuses et d’autres événements. Une dimension culturelle qui complète le portrait d’un homme dont le parcours ne s’est pas limité au commerce et aux responsabilités traditionnelles. Fils d’Ahamada Mfoihaya, chef religieux respecté, Mohamed Ben Charafa avait reçu très tôt de son père une éducation fondée sur la religion, la sagesse et le respect des traditions. Cet enseignement allait progressivement façonner son rapport aux autres et à la société. Son influence prend une nouvelle dimension au début des années 1980, lorsqu’il s’impose parmi les grandes figures de la haute notabilité de Ngazidja. Pendant plus de quatre décennies, il participe à de nombreuses missions de médiation et de rapprochement entre les communautés.
« Il a consacré les dernières années de sa vie active à sillonner bénévolement le pays pour concilier les localités », souligne M’baé Hamidou, ancien inspecteur pédagogique et membre de la même génération que le défunt. À M’béni, lors des funérailles, Mohamed Ansum Mohamed Chakir, l’un des notables de la ville, insiste sur « son grand charisme, sa proximité avec ses familles, son sens de l’intérêt général et sa grande sagesse ». Le vice-mufti de la République, Dr Abdoulhakim Mohamed Chakir, retient quant à lui « un homme attaché à la culture, à la religion et à nos traditions ». Mohamed Ben Charafa avait également une conception précise du rôle des notables. Il refusait leur instrumentalisation à des fins politiques. « Les notables sont les derniers remparts de la cohésion sociale, leur seule boussole est l’intérêt général », affirmait-il dans une émission consacrée à son parcours.
Cette position est également relevée par Ali Moindjié, ancien rédacteur en chef de l’ORTC et ancien directeur général d’Al-Watwan. « Je mesure aujourd’hui le courage dont il a dû faire preuve en défendant l’idée de pluralité politique », estime-t-il. Agriculteur, commerçant, musicien, homme de tradition et notable, Mohamed Ben Charafa aura traversé plus d’un siècle d’histoire comorienne. Présent à M’béni, Moroni et Mitsamihuli, où il avait des attaches familiales, il laisse derrière lui plusieurs enfants et petits-enfants.
Ibnou M. Abdou
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