La Gazette

des Comores

Où sont passés les milliards de Kenneth ?

Où sont passés les milliards de Kenneth ? © : HZK-LGDC

Près d’un demi-milliard de ponctions sur les salaires, 5 milliards par le FMI, 5 milliards par le Système des Nations Unies… Une avalanche d’aides pour soutenir le pays à se relever du cyclone Kenneth qui a happé l’archipel en avril 2019. Comment sont-elles reparties ? Une patate douce que se refilent la Sécurité civile et le comité interministériel dont la présidence est assurée par l’Économie.


Opacité totale sur la gestion des aides. 11 mois depuis le passage du cyclone Kennet qui a fait des milliers de sinistrés et ravagé une importante partie des plantes agricoles, l’impact des aides ne se fait pas encore sentir si aide il y en a eu auprès des victimes. Beaucoup sont les sinistrés qui affirment n’en avoir jamais vu la couleur. Livrés à eux même, ils se dépatouillent tant bien que mal pour se remettre du cyclone.

 

Au dernier trimestre 2019, le président du comité interministériel qui n’est autre que le ministre de l’économie Houmed Msaidie, accompagné de son prédécesseur Bianrifi Tarmidhi, avait abordé le sujet devant les médias. Les conférenciers devaient faire savoir que les 10% de ponction de salaires imposée par le gouvernement aux fonctionnaires, représentaient près de 400 millions de nos francs.

 

Mais il y a aussi la contribution des partenaires bi et multilatéraux comme les Nations Unies ou encore le FMI qui ont débloqué chacun 5 milliards de nos francs (l’enveloppe du SNU devait être partagée avec le Mozambique, également touché par le cyclone, Ndlr). Dans cette rencontre avec la presse, les autorités avaient annoncé que dans la répartition des aides, la priorité était les agriculteurs du Nord de Ngazidja. A raison puisque c’est dans cette zone que Kenneth a le plus frappé.

 

Sauf que jusqu’à maintenant, ces agriculteurs restent sur leur faim. Interrogée par La Gazette des Comores, la coopérative Tumo Djema des agriculteurs de Banda-samlini dans la région de Mbudé, affirme n’avoir bénéficié que de quelques semences de chou, carotte et aubergine. Lesquelles semences, du moins celles du président de la coopérative, sont mortes. « Ils nous avaient promis une citerne devant nous permettre de récupérer l’eau de pluie pour arroser nos nouvelles plantations, mais nous n’en avons jamais vu la couleur. Tout comme ceux qui ont perdu leurs toitures, d’ailleurs », fulmine Youssouf Mmadi, le président de Tumo Djema.

 

En parlant de toitures, ils sont nombreux à avoir dû se débrouiller faute de l’aide publique. Nous avons fait le choix d’interroger les habitants du Nord comme c’est la zone classée prioritaire. Et les témoignages sont décapants. En effet, un habitant de Mitsamiouli, pour ne citer que celui-ci, avait la toiture de sa maison arrachée y compris la charpente. Son mobilier entièrement détruit, carrelage en grande partie arraché suite à la stagnation de l'eau pendant plusieurs semaines.

 

Toutes ces informations ont été notées avec le plus grand soin dans une fiche de la gendarmerie de Mitsamiouli. Mais ladite fiche prenant de la poussière dans les tiroirs, ce père de famille a dû mettre la main à la pâte : 2 millions 500 mille francs pour réparer son toit. « Nous n'avons reçu aucune aide de quelque forme que ce soit : ni du gouvernement ni des ONG », jure sur le Coran ce haut fonctionnaire. 

 

La Gazette a contacté la direction générale de la Sécurité civile, chargée de gérer les dons sous la houlette du comité interministériel. Après plusieurs jours d’attente, le temps de « collecter les informations », la direction a fini par nous adresser au ministère de l’économie qui assure la présidence du comité interministériel. La surprise, et elle est de taille, c’est quand le ministère, par la voix du directeur de cabinet du ministre, refile la patate à la Sécurité civile, laquelle serait « habilité à vous fournir ces informations ». A combien se chiffre la collecte des fonds, dont un compte spécial aurait été ouvert, comment l’argent a été utilisé ? Seul un audit indépendant pourrait éclairer l’opinion et les partenaires qui y ont contribué.

 

Andjouza Abouheir

 


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