Mercredi 24 juin, la fondation ALIPH et l’UNESCO ont effectué une visite des principaux sites patrimoniaux de trois villes de la Grande-Comore : Ntsoudjini, Itsandra et Iconi. Cette mission vise à évaluer l’état de conservation de ces sites avant l’examen de leur candidature à l’inscription au patrimoine mondial. Une étape décisive est attendue le 25 juillet prochain en Corée du Sud, où se tiendra la session officielle chargée de statuer sur leur inscription.
À Iconi, hommes et femmes vêtus de tenues traditionnelles ont formé un cortège pour accueillir la délégation. Les femmes, parées de leurs saharis et soubayas colorés ainsi que de leurs bijoux en or, marchaient aux côtés des hommes habillés en tenues traditionnelles de grand mariage. Des chants et danses traditionnels, exécutés par des jeunes de la ville, ont également marqué l’accueil réservé aux représentants d’ALIPH et de l’UNESCO. À leur arrivée, les visiteurs ont emprunté le passage historique de Fugoni,un lieu emblématique de la vieille ville. Cette porte sacrée était autrefois utilisée par les rois et les sultans d’Iconi. Selon la tradition, les guerriers l’empruntaient pour partir au combat et revenaient par cette même porte après leurs victoires. Considérée comme un symbole de protection et de prospérité, elle constitue aujourd’hui l’un des patrimoines historiques les plus importants de la cité.
La visite s’est poursuivie à travers les différents quartiers anciens d’Iconi. Le palais royal Kaphviri Djéwé, ancienne résidence de plusieurs souverains, a constitué la dernière étape du parcours. Au nom de la fondation ALIPH, son directeur exécutif, Valéry Freland, s’est adressé à la population : « Vous êtes le patrimoine. Vos tenues traditionnelles constituent un patrimoine immatériel. Votre mémoire, vos gestes, vos chants et des lieux comme Fugoni donnent toute leur valeur à ces sites. ALIPH est là pour protéger ce patrimoine vivant, car sans vous, il n’y a pas de patrimoine. Nous protégeons pour transmettre. Cette mission, menée avec l’UNESCO et les médias, permet d’évaluer précisément l’état de conservation des sites avant leur inscription. Les échanges avec la population d’Iconi sont essentiels pour élaborer un plan de sauvegarde durable. Le 25 juillet, en Corée du Sud, nous présenterons ces éléments afin que la communauté internationale reconnaisse la valeur universelle exceptionnelle de vos sultanats. »
Le maire de Bambao ya Boini, Ali Nahouza, a également salué cette étape importante :« Protéger et partager son héritage, porter son histoire vers le patrimoine mondial, tel est le sens de cette visite. Iconi porte plusieurs siècles d’histoire. Le 25 juillet, en Corée du Sud, nous franchirons une étape décisive pour que le monde reconnaisse ce que nous vivons chaque jour dans notre archipel », a-t-il déclaré sous les applaudissements. De son côté, Abdillah Saïd Soilihi, notable de la vieille ville d’Iconi, a rappelé la portée symbolique de Fugoni : « Fugoni n’est pas qu’une simple porte. C’est la mémoire des rois, des guerriers et de la protection. Faire passer nos hôtes par Fugoni, c’est leur montrer l’âme d’Iconi.» Il a également souligné le long travail accompli pour la valorisation du patrimoine comorien : « Cela fait 24 ans que nous œuvrons ensemble pour faire connaître et valoriser nos sites historiques auprès de l’UNESCO. Aujourd’hui, nos efforts commencent à porter leurs fruits. »
Yivick Roben, porteur du projet d’école des métiers dédiée à la transmission des savoir-faire patrimoniaux, a insisté sur l’urgence de préserver certains bâtiments historiques. « Nous travaillons sur les métiers de la maçonnerie dans toute leur dimension, avec une attention particulière aux techniques traditionnelles comoriennes. Il y a urgence à intervenir sur plusieurs édifices. Il faut déterminer ce qui peut être conservé et ce qui doit être restauré », a-t-il expliqué.
Selon lui, certains bâtiments sont aujourd’hui menacés d’effondrement. « Notre rôle sera d’accompagner les Comores afin qu’elles développent leur propre expertise et leur autonomie dans la préservation de leur patrimoine. Nous voulons transmettre les savoir-faire, montrer la beauté de ces métiers et offrir aux jeunes une véritable perspective d’avenir tout en contribuant à la sauvegarde de ce patrimoine exceptionnel », a-t-il conclu. Le rendez-vous est fixé au 25 juillet prochain en Corée du Sud, où une étape décisive sera franchie dans le processus de reconnaissance internationale des sultanats historiques des Comores.
El-Aniou Fatima
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