Lors de la Conférence des Nations Unies sur l’Océan à Nice, le PNUD aux Comores a marqué sa présence active aux côtés des autorités nationales. Cette participation a permis de mettre en lumière les enjeux majeurs liés à la pollution marine qui menace gravement les écosystèmes côtiers et la pêche artisanale, vitale pour l’archipel.
L’océan, véritable pilier économique et social des Comores, subit aujourd’hui une pression croissante due à la pollution plastique, aux déchets mal gérés et aux activités humaines non contrôlées. Selon les données partagées par le PNUD, « plus de 80 % des déchets marins dans le pays proviennent de la terre ferme, avec une majorité de plastiques à usage unique », explique Saïd Youssouf Mbechezi, éco-conseiller et assistant au Représentant Résident du PNUD Comores. Cette pollution met en danger des milliers de personnes dont les moyens de subsistance dépendent directement de la pêche et du tourisme.
Aux Comores, la mer est bien plus qu’un horizon. Elle est un pilier de la souveraineté alimentaire, un moteur économique pour les 5 200 pêcheurs artisanaux et un symbole d’identité culturelle. Mais cette richesse naturelle est aujourd’hui gravement menacée. « L’océan est notre première source de vie et de revenus, mais il est aussi devenu le réceptacle de nos déchets », alerte Saïd Youssouf Mbechezi dans un blog publié dans le site du Pnud Comores à l’occasion de cette conférence. Le constat est alarmant. Chaque année, 6 708 tonnes de déchets sont produites dans le pays, dont seulement 670 tonnes (moins de 10 %) sont collectées et traitées correctement. Le reste, soit plus de 6 000 tonnes, est abandonné dans les rues, les rivières ou directement sur les plages. 40 à 50 % des ménages, selon les îles, se débarrassent encore de leurs ordures à ciel ouvert, aggravant ainsi la pollution terrestre qui représente 80 % des déchets marins. Les plastiques à usage unique constituent 60 % des débris retrouvés sur les côtes.
La pollution marine représente une menace croissante pour les écosystèmes comoriens et les moyens de subsistance des populations côtières. Les effets sont déjà visibles : blanchissement des coraux, raréfaction des poissons, mortalité des tortues marines. Ces perturbations fragilisent fortement la pêche artisanale, une source essentielle de revenus pour plus de 5 000 personnes. La qualité de l’eau se détériore, les risques sanitaires augmentent, et le recul du tourisme fragilise encore davantage l’économie bleue. Ces impacts multiples touchent d’abord les communautés les plus vulnérables, qui disposent de peu de moyens pour s’en prémunir, accentuant ainsi les inégalités face aux enjeux environnementaux.
Face à ce constat alarmant, le PNUD Comores accompagne le gouvernement dans la mise en œuvre de solutions durables. Parmi les actions prioritaires, l’appui à l’Agence Nationale de Gestion des Déchets permet de renforcer les capacités locales en matière de collecte et de traitement. « Nous travaillons également à sensibiliser les jeunes et à promouvoir l’économie circulaire, afin de réduire l’utilisation des plastiques jetables », précise Saïd Youssouf Mbechezi. Sur le terrain, plusieurs initiatives locales montrent que le changement est possible. À Moroni, des jeunes transforment le plastique en pavés ; à Anjouan, une ancienne décharge est devenue un centre communautaire. L’Agence Nationale de Gestion des Déchets, soutenue par le PNUD et le PNUE, incarne un début de solution. Mais ces actions, bien que louables, restent fragmentées et sous-financées. « Ces expériences sont porteuses d’espoir, mais elles nécessitent d’être étendues, mieux coordonnées et accompagnées durablement », souligne Saïd Youssouf.
Le PNUD œuvre également à renforcer la coordination entre les différents acteurs, du gouvernement aux organisations locales, afin de garantir une réponse plus cohérente et durable face aux défis de la pollution marine. À l’issue de la conférence, qui rassemble plusieurs pays , le PNUD et le gouvernement comorien espèrent, pouvoir mobiliser davantage de ressources internationales pour soutenir les efforts nationaux de résilience côtière. Ces financements potentiels seraient essentiels à la mise en œuvre du Plan national d’adaptation, qui prévoit notamment la restauration des mangroves, la construction d’infrastructures résilientes et la gestion durable des aires marines protégées.« La lutte contre la pollution marine est un combat de longue haleine, mais il est essentiel si nous voulons préserver notre environnement et notre économie bleue », démontre Saïd Youssouf Mbechezi.
Andjouza Abouheir, depuis Nice
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