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des Comores

Portrait : Soulé : « Le gingembre a désormais remplacé la vanille »

Portrait : Soulé : « Le gingembre a désormais remplacé la vanille » © : HZK-LGDC

À 71 ans, Soulé Assoumani, que tout le monde appelle « Monsieur le Maire », a vu ses activités agricoles évoluées : du reboisement de 2011 aux champs de gingembre qui valent aujourd’hui leur pesant d’or. Doyen du secteur et président du comité de pilotage, il a troqué la vanille pour les bananiers, élevé une vache devenue troupeau, et transformé chaque récolte en diplômes pour ses quatre enfants. Portrait d’un agriculteur qui cultive autant la terre que l’avenir.


Casquette vissée sur la tête, regard droit, Soulé Assoumani parle de la terre comme d’une vieille complice. « J’étais là actif comme agriculteur, dès le début », lance-t-il, la voix posée mais ferme. Né en 1954, il est de ceux qui ont tapé à la porte des bailleurs pour « être à l’initiative des différents projets agricoles de la région ». Le site du CRDE, « C’est à leur demande » que le projet s’est ancré dans la localité, avant que « tout s’accélère en 2015 », nous a-t-il expliqué.  Nommé président du comité de pilotage en 2011, il se souvient : « Au départ, c’était un projet de reboisement ». Mais Soulé ne plante pas pour faire joli. Il investit, il insiste, il s’obstine. Résultat : ses parcelles sont devenues un inventaire à la Prévert. « Je cultive un peu de tout, du persil au romarin en passant par les tomates, mais surtout des bananiers, beaucoup de bananiers ».

 

2017 marque un tournant. Un projet d’élevage lui confie une vache. « Je m’en suis occupé en parallèle avec mes activités agricoles, allant jusqu’à m’installer à une maisonnette près des champs à l’époque ». Pari gagné : « Initiative réussie, j’ai gardé des résultats, notamment des bœufs que j’ai encore aujourd’hui ». Cette résilience porte un nom : CRCCA, le Projet de renforcement des capacités de résilience et d’adaptation face au changement climatique, porté par le PNUD et le GEF. Puis vint le CVA (chaîne de valeurs agricoles), « comme appui des agriculteurs », l’agriculteur y voit alors une révolution douce, à travers le gingembre. « Depuis un moment, compte tenu des attentes vis-à-vis de l’annonce des prix et des changements constants, nous préférons désormais remplacer la traditionnelle culture de vanille. Maintenant, on se concentre sur le gingembre, nous pouvons avoir 1 tonne pour 2 millions de francs comoriens. Y a pas photo », précisait-il

 

Si Soulé  compte ses bananiers, il compte surtout ses diplômes. « Grâce à mes activités agricoles et d’élevage, j’ai pu assurer la scolarité complète de mes enfants ». Le bilan force le respect. Père de quatre, « deux ont déjà terminé leurs études, une est docteure en médecine, deux autres ont respectivement deux Master en ingénierie et en sciences de l’environnement, puis mon dernier enfant passe le baccalauréat cette année ». Tout fier, il confie l’essentiel : « C’est grâce à mes revenus que j’ai pu ainsi les soutenir, espérant qu'ils réussissent et qu’ils servent la nation ». La terre nourrit, l’école élève. Chez Monsieur le Maire, l’un ne va pas sans l’autre. Loin de raccrocher, il continue d’apprendre. « J’ai pu suivre également des formations dans le même cadre du CVA, sur notamment comment protéger les sols, comment optimiser l’efficacité de ceux-ci tout en usant de produits naturels comme le fumier ».

Et quand la récolte dépasse la consommation, le CRDE veille : « Il peut nous aider si nécessaire à écouler nos produits, soit en organisant des marchés collectifs, soit en faisant appel à des grossistes ». A 71 ans, Mr le maire balaie l’idée de retraite d’un revers de main : « Je ne m’arrête pas là malgré l’âge, l’agriculture fait désormais partie de mon univers et ça me le rend bien au centuple ».

 

Hamdi Abdillahi Rahilie

 


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